TABAGISME ET BON SENS

Tout a été dit sur le tabagisme. Ses effets nocifs sont parfaitement connus : dépendance, espérance de vie diminuée de 10 ans, risques gravidiques, artériopathies volontiers coronariennes, BPCO, cancers des voies aérodigestives supérieures, CANCER BRONCHIQUE essentiellement, qui est la première cause de décès chez les hommes et la seconde chez les femmes après le cancer du sein. Le tabagisme passif, quant à lui, est responsable d’affections respiratoires de l’enfant, voire de morts subites du nourrisson. Et l’ensemble aboutit à un coût socio-économique considérable.

Pourtant, malgré les diverses lois, malgré l’augmentation du prix des cigarettes, malgré l’interdiction de fumer dans les lieux publics, malgré les recommandations, officielles ou non, diffusées par les médias, le nombre de fumeurs quotidiens a très peu baissé en France en 15 ans, passant de 30 à 27% de la population – et l’on sait que 25 % environ des 15/25 ans fument régulièrement et que le tabagisme féminin va croissant, particulièrement chez les femmes jeunes.

Les cigarettes à filtre ou celles dites légères ont la même toxicité que les autres. L’e-cigarette du vapotage n’a pas une innocuité démontrée, même si elle constitue parfois un prélude à l’abstention. Quant au « paquet neutre », il émane, me semble-t-il, d’une authentique hypocrisie.

Je ne sais quels seront les effets du programme national mis en route. Mais je suis persuadé que l’omnipraticien, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, a un rôle non négligeable.

J’ai cru comprendre que nombre de mises en garde « officielles », plus ou moins solennelles, émanant d’acteurs politiques ou de pneumologues combatifs, étaient, malheureusement, souvent perçues par les fumeurs comme une sorte de vindicte, comme une entrave à la liberté de chacun, même si l’on prétend que 50 % d’entre eux souhaitent mettre fin à leur habitude. J’ai la certitude, peut-être naïve, qu’il faut ajouter aux recommandations « nationales » l’influence « LOCALE » de toutes les personnes – omnipraticiens en tête – qui sont sensibles aux dangers majeurs (évitables !) du tabac.

Le médecin généraliste, proche de ses patients, peut parfaitement inciter les fumeurs repentis à clamer largement autour d’eux leur bonheur d’avoir recouvré le goût, l’odorat et le souffle. Et tel omnipraticien peut aussi trouver l’occasion, calmement, délicatement et sans trahir le moindre secret professionnel, de dire à tel ou tel de ses patients fumeurs, qu’il a assisté au calvaire d’une femme de 40 ans, fumeuse à raison de moins de 20 P/A : atteinte d’un cancer bronchique à participation pleurale, traitée de la manière la plus compétente, mise en « congé » thérapeutique au mois de décembre dernier pour passer joyeusement Noël avec ses 3 enfants, elle a soudainement souffert d’une métastase fémorale imposant un enclouage, puis d’une embolie pulmonaire, puis d’une tamponnade liée à une métastase péricardique… avant d’accéder tristement à un service de soins palliatifs. C’est précisément un omnipraticien qui vient de me conter cette angoissante histoire, dans l’intention de l’utiliser avec tact pour son combat personnel contre le tabagisme.

Je crois beaucoup, je le répète, à de telles initiatives circonscrites qui, jointes les unes aux autres, ajoutent aux lois « lointaines » un REALISME beaucoup plus significatif.

Le tabagisme est un ennemi, le cancer bronchique un drame. Qu’on ose le démontrer autour de soi, chacun selon sa manière et sa conception de son rôle social !

Docteur Christian TERLAUD.

Laissez un message