Rhume

Jean-Paul Belon, avec la collaboration de Mathieur Guerriaud

Références auteurs

Le rhume peut être considéré comme une forme particulière de la rhinopharyngite. Il s’agit d’une infection virale aiguë des voies respiratoires, très contagieuse, pouvant survenir à toutes les périodes de l’année.

Habituellement apyrétique, le rhume se caractérise par une inflammation d’une partie ou de l’ensemble des voies aériennes (nez, sinus, gorge, larynx, souvent aussi : trachée et bronches). Certains sujets y sont particulièrement sensibles : les personnes fragiles et âgées, les nourrissons et les jeunes enfants.

Sémio-pathologie et symptomatologie

Le pharmacien est fréquemment sollicité (souvent le premier) pour évaluer ces symptômes dont le caractère non spécifique, surtout au début de la maladie, doit inciter à la prudence au niveau du conseil et de la prescription.

De nombreux virus provoquent le rhume commun : rhinovirus, virus influenzae, para-influenzae , adénovirus, etc. ; quant aux facteurs prédisposants, ils ne sont pas nettement identifiés. Les infections bactériennes et la rhinorrhée allergique peuvent être confondues au début avec un coryza ( cf. chapitre 24). La présence de fièvre et de symptômes plus sévères caractérise plutôt la grippe ( cf. infra ).

Après une période courte d’incubation (1 à 3 jours), le début de la maladie est souvent brutal, marqué par des éternuements, une gorge douloureuse avec un chatouillement laryngé, des céphalées, une rhinorrhée claire, fluide et abondante. Le patient se sent fiévreux, bien que la maladie reste classiquement apyrétique ; la température peut quelquefois s’élever à 38 °C ou 39 °C, surtout chez le nourrisson et l’enfant. Quelques jours plus tard (2 à 3 jours), l’écoulement nasal s’épaissit et devient purulent. Une toux sèche et rauque est présente, le malade se sent fatigué, sans appétit, et se plaint de courbatures. En l’absence de complication, les symptômes évoluent favorablement après une période de 8 à 10 jours. La toux, ainsi que la rhinorrhée, peut cependant persister pendant une quinzaine de jours ou plus.

Remarque:
Cette pathologie est fréquente mais les signes cliniques sont peu spécifiques au début de la maladie : seul le médecin pourra déterminer et affirmer le diagnostic de rhume (une grippe modérée peut présenter la même sémiologie). Le rhume peut favoriser les infections secondaires des poumons, des sinus (sinusites) ou des oreilles (otites). L’accentuation d’une bronchite persistante après un rhume est fréquente chez les sujets atteints d’infection respiratoire chronique.
Conseil face à la pathologie

Cas de l’adulte jeune, apparemment en bonne santé, désirant un médicament contre le rhume
Le pharmacien doit faire préciser les caractères de cette pathologie « diagnostiquée » d’emblée par le patient : son ancienneté ? Présence de fièvre ? Type de la toux ? Existence d’une rhinorrhée (et son caractère) ? Une obstruction nasale ?
Les symptômes paraissent typiques du début d’un rhume et, s’ils existent en dehors de tout contexte causal particulier (ex. : mauvais état de santé), le pharmacien peut intervenir utilement par des conseils généraux et la prescription d’un traitement local. Les symptômes paraissent ambigus : malgré le bon état de santé apparent du sujet, le pharmacien doit inciter à la consultation médicale.
La présence d’une fièvre persistante (plus de 48 heures), une douleur nasale importante, une douleur ou un écoulement de l’oreille sont des motifs impérieux de consultation médicale.

Cas du patient asthmatique ou bronchitique connu
La survenue d’un rhume banal chez le sujet asthmatique ou bronchitique accentue le bronchospasme ; la toux sera donc exacerbée. Dans ce contexte, il est préférable d’inciter le patient à consulter.

Cas du sujet âgé ou du jeune enfant
Le pharmacien doit se souvenir que ces patients sont particulièrement sensibles à ce type de pathologie. Si les conditions sont toutes en faveur d’un rhume banal (expression des signes cliniques a minima survenant dans un contexte de bon état général, sans fièvre), le pharmacien peut délivrer un médicament assorti des conseils généraux nécessaires à la bonne évolution de la maladie.
Chez ces malades, la présence d’une fièvre ou de tout autre signe indiquant une phase évolutive (rhinorrhée purulente, gorge douloureuse, fatigue, etc.) doit formellement recommander la consultation médicale.

Thérapeutique

Le traitement du rhume nécessite le repos, des mesures évitant la dissémination directe de l’infection ainsi que l’utilisation d’antipyrétiques et de substances décongestionnantes locales. Le traitement d’un rhume banal comprend des conseils généraux et l’emploi de médicaments à action locale et générale.

Conseils thérapeutiques
  • Le sommeil et le repos au lit favorisent la guérison.
  • Il ne faut pas surchauffer les lieux d’habitation, ni s’emmitoufler avec desvêtements supplémentaires en cas de fièvre ; il faut boire suffisamment pour éviter la déshydratation (particulièrement sensible chez l’enfant).
  • Il faut s’efforcer d’éviter la dissémination directe de l’infection à l’entourage du patient.
  • Il est conseillé de s’abstenir de fumer et d’éviter les fumées de tabac.
  • L’infection peut être favorisée par une fatigue excessive, un stress, une allergie au niveau du nasopharynx et aussi par un contact viral en milieu de cycle menstruel.
    Très souvent sollicité pour délivrer un médicament contre le rhume, le pharmacien doit toujours évaluer le caractère des symptômes, notamment leur localisation (nez et/ou gorge) et leur intensité. Il veillera à adapter la médication et les conseils à chaque cas, selon la qualité du patient (adulte jeune, vieillard, enfant, femme enceinte).
    Le conseil, face au choix des médicaments utilisés pour le traitement de la sphère nasopharyngée, est identique à celui afférent au traitement des rhinites et laryngites.

Prescription officinale

La toux est rarement sévère au cours du rhume, exception faite chez des patients insuffisants respiratoires (le rhume exacerbe le bronchospasme). La toux est habituellement sèche et rauque ; le pharmacien pourra, par exemple, conseiller (chez l’enfant de plus de 30 mois et plus de 15 kg) Paxeladine ® .
La prise de vitamine C est souvent recommandée mais il n’existe pas de preuves scientifiques de son effi cacité. Le pharmacien pourra proposer l’acide ascorbique seul : Laroscorbine ® , Vitascorbol ® ou associée à l’aspirine : Aspirine ® Vit C, ou à d’autres associations de principes actifs : Solutricine ® Vit C, etc.
L’utilisation d’aspirine ne doit pas être systématiquement recommandée dans le cas d’un rhume banal ; sa présence, en association avec d’autres principes actifs, dans les spécialités citées plus haut est habituellement suffi sante. Seul un avis médical justifiera son emploi univoque et systématique.
L’antibiothérapie n’est pas justifiée puisqu’il s’agit d’une infection virale.
Dans le cadre de la prescription médicinale facultative relative à cette pathologie, le pharmacien peut conseiller :

Allopathie

Conseils en allopathie

Pour la toux associée au rhume, se reporter au chapitre sur la toux ( chapitre 8 ).
Per os
Décongestionants per os
Attention . Les antihistaminiques utilisés dans ces produits peuvent entraîner un glaucome par fermeture de l’angle et une rétention urinaire liée à des troubles urétroprostatiques.
Attention . La pseudoéphédrine est contre-indiquée en particulier en cas d’antécédents d’accident vasculaire cérébral ou de facteurs de risque susceptibles de favoriser la survenue d’accident vasculaire cérébral (en raison de l’activité sympathomimétique alpha du vasoconstricteur) et en cas d’hypertension artérielle sévère ou mal équilibrée par le traitement.

  • Triprolidine + pseudoéphédrine + paracétamol : Actifed ® Rhume, réservé à l’adulte et à l’adolescent de plus de 15 ans : 1 comprimé à renouveler si nécessaire au bout de 6 heures minimum, sans dépasser 3 comprimés par jour.
  • Ibuprofène + pseudoéphédrine : Rhinadvil ® Rhume Ibuprofène Pseudoéphédrine, réservé à l’adolescent (15-17 ans) et à l’adulte : 1 à 2 comprimés par prise, à renouveler si besoin au bout de 6 heures. Dans tous les cas, ne jamais dépasser la posologie maximale de 6 comprimés (1 200 mg d’ibuprofène et 180 mg de chlorhydrate de pseudoéphédrine) par jour.
  •  Ibuprofène + pseudoéphédrine : Nurofen ® Rhume, réservé a l’adulte (à partir de 15 ans) : 1 comprimé par prise, à renouveler si besoin au bout de 6 heures, sans dépasser 4 comprimés par jour. En cas de symptômes plus intenses, prendre 2 comprimés par prise, sans dépasser 4 comprimés par jour.
  • Pseudoéphédrine + paracétamol : Dolirhume ® , réservé à l’adulte et à l’adolescent de plus de 15 ans : 1 à 2 comprimés 3 fois par jour. L’intervalle entre les prises sera au minimum de 4 heures. Ne pas dépasser 6 comprimés par jour. La posologie quotidienne maximale est de 3 g de paracétamol et 180 mg de pseudoéphédrine.
    Décongestionants per os jour/nuit
  • Pseudoéphédrine + paracétamol + doxylamine : DolirhumePro ® , réservé à l’adulte et à l’adolescent de plus de 15 ans. Dans la journée : 1 comprimé oblong à renouveler si nécessaire au bout de 4 heures minimum, sans dépasser 3 comprimés par jour. Le soir au coucher : 1 comprimé rond si nécessaire.
  • Pseudoéphédrine + paracétamol + diphénhydramine : Actifed ® Rhume Jour & Nuit, réservé à l’adulte et à l’adolescent de plus de 15 ans. Dans la journée : 1 comprimé blanc, à renouveler si nécessaire au bout de 4 heures minimum, sans dépasser 3 comprimés par jour. Le soir au coucher : 1 comprimé bleu si nécessaire.
  • Pseudoéphédrine + paracétamol + chlorphénamine : Humex Rhume ® , réservé à l’adulte et à l’adolescent de plus de 15 ans : 1 comprimé Jour (blanc) le matin, à renouveler si nécessaire à midi et au dîner, 1 gélule Nuit (bleue et blanche) le soir au coucher. En respectant un intervalle d’au moins quatre heures entre chaque prise. Ne pas dépasser la posologie maximale de 3 comprimés jour et une gélule nuit par 24 heures.
    Autre médicament per os
  • Soufre + rétinol + L-cystine + Saccharomyces cerevisiae : Solacy ® , réservé à l’adulte, 3 gélules par jour.
    Sprays nasaux
  •  Acide ténoïque sel d’éthanolamine : Rhinotrophyl ® :
    – adulte : 1 pulvérisation dans chaque narine 4 à 6 fois par jour,
    – enfant de plus de 30 mois : 1 pulvérisation dans chaque narine 3 à 4 fois par jour,
    – nourrisson : 1 pulvérisation dans chaque narine 2 fois par jour.
    – Les pulvérisations nasales se font avec la tête légèrement penchée en arrière et le flacon en position verticale.
  •  Benzododécinium : Rhinédrine ® :
    – adulte : 2 pulvérisations dans chaque narine 3 à 4 fois par jour,
    – enfant de plus de 30 mois : 1 pulvérisation dans chaque narine 3 à 4 fois par jour.
  • Ritiométan : Nécyrane ® :
    – adulte : 4 à 6 pulvérisations par jour dans chaque narine,
    – enfant de plus de 30 mois : 3 pulvérisations par jour dans chaque narine.
    – Tenir le flacon bien vertical et appuyer d’un coup sec et bref sur le poussoir.
  • Céthexonium + phényltoloxamine : Biocidan nasal ® :
    – adulte : 1 pulvérisation dans chaque narine 4 à 6 fois par jour,
    – enfant : 1 pulvérisation dans chaque narine 2 à 3 fois par jour,
    – nourrisson : 1 pulvérisation dans chaque narine 1 à 2 fois par jour.
  • Benzododécinium + polysorbate 80 : ProRhinel ® Rhume :
    – adulte : 1 à 3 lavages par jour avec 1/2 à 1 ampoule de 10 mL ou de 5 mL par narine,
    – enfant : 1 à 2 lavages par jour avec 1/2 à 1 ampoule de 5 mL par narine,
    – nourrisson : 1 lavage par jour avec 1/2 à 1 ampoule de 5 mL par narine.
    – Ne pas se moucher violemment au cours des 10 minutes suivant l’administration de ce produit.
  •  Saccharomyces cerevisiae + sulfure de sodium : Actisoufre ® :
    – adulte et enfant : 1 pulvérisation prolongée dans chaque narine 3 fois par jour, la tête penchée en arrière,
    – nourrisson : 1 pulvérisation dans chaque narine 2 fois par jour. 

Phytothérapie

Le pharmacien peut se référer aux exemples de spécialités de phytothérapie (ou dérivés) suivantes.

Conseils en phytothérapie

Spécialité pour inhalation

  • Huiles essentielles d’eucalyptus et de niaouli + benjoin + lévomenthol : Balsofumine ® , réservé à l’adulte et à l’enfant de plus de 12 ans. Diluer 1 cuillère à café dans l’eau très chaude mais non bouillante. Répéter les inhalations 3 fois par jour.
  • Cinéole + gaïacol + lévomenthol : Essence Algérienne ® , réservé à l’adulte et à l’enfant de plus de 12 ans. Verser quelques gouttes dans un récipient d’eau très chaude et inhaler les vapeurs. Répéter les inhalations 3 fois par jour.
    Tampons imprégnés pour inhalation
    Réservés à l’adulte et à l’enfant de plus de 12 ans. Appliquer à chaque narine et inspirer profondément. Deux inspirations par narine et par prise, à renouveler si nécessaire sans dépasser 3 prises par jour, en répartissant les prises régulièrement dans la journée.
  • Lévomenthol + camphre racémique : Vicks Inhaler ® .
  • Lévomenthol + camphre racémique + salicylate de méthyle : Humex tampon imprégné ®

Aromathérapie

Conseils en aromathérapie

Spécialités pour inhalation

  • Huiles essentielles de girofle, lavande, romarin, serpolet, sapin, menthe poivrée, cannelle : Aromasol ® , réservé à l’adulte et à l’enfant de plus de 12 ans. Diluer 50 gouttes dans un récipient d’eau chaude et inhaler les vapeurs. Répéter les inhalations 3 fois par jour.
  • Cinéole + alpha-terpinéol + huiles essentielles de thym, pin, romarin : Calyptol Inhalant ® , réservé à l’adulte et à l’enfant de plus de 12 ans : 1 à 3 inhalations par jour : verser le contenu d’une ampoule dans un bol d’eau très chaude, mais non bouillante, et inhaler les vapeurs.
  • Baume du Pérou + lévomenthol + huiles essentielles de thym, lavande + teintures de benjoin et d’eucalyptus : Dolirhume ® aux huiles essentielles, réservées à l’adulte et à l’enfant de plus de 12 ans. Diluer 1 cuillère à café dans l’eau très chaude mais non bouillante. Répéter les inhalations 3 fois par jour.
  • Huile essentielle de niaouli : Gomenol ® , réservé à l’adulte et à l’enfant de plus de 12 ans. Diluer 1 cuillère à café dans l’eau très chaude mais non bouillante. Répéter les inhalations 3 fois par jour.
  • Thymol + huiles essentielles de thym, lavande, romarin : Pérubore ® , réservé à l’adulte et à l’enfant de plus de 12 ans : 1 capsule matin, midi et soir, dans un inhalateur ou un bol d’eau bouillante.
    Spécialités pour décongestionner le nez
  • Huile essentielle de menthe poivrée : Locabiotal ® , réservé à l’adulte et à l’enfant de plus de 30 mois : 4 pulvérisations par voie nasale (2 dans chaque narine).
  • Terpinéol + huiles essentielles de thym, serpolet, eucalyptus, myrte, pin sylvestre, girofle : Nazinette du Docteur Gilbert ® :
    – enfant de plus de 30 mois : 1 application par jour d’une petite quantité de pommade dans chaque narine,
    – adulte : 1 à 3 applications par jour d’une petite quantité de pommade dans chaque narine.
  • Camphre + benzalkonium + huiles essentielles de géranium (déterpénée) et de niaouli : Euvanol Spray ® : 1 pulvérisation par narine en tenant le flacon verticalement. L’application peut être renouvelée 4 à 6 fois par jour. Attendre 2 à 3 heures entre chaque pulvérisation.

Homéopathie

Conseils en homéopathie
Dans tous les cas
Oscillococcinum ® : 2 doses par jour sur 2 à 3 jours.

Selon les besoins

  •  Allium cepa 9CH, 5 granules toutes les heures, en cas d’écoulement translucide irritant. Les ailes du nez sont rouges et irritées.
  • Ammonium mur 9CH, 5 granules toutes les heures, en cas d’écoulement translucide irritant et perte d’odorat.
  • Bryonia 5CH, 5 granules toutes les heures, en cas de nez très sec.
  • Mercurius solubilis 9CH, 5 granules toutes les heures, en cas d’écoulement purulent et d’haleine fétide.
  • Nux vomica 9CH, 5 granules toutes les heures, en cas nez bouché la nuit mais coulant le jour.
  • Pulsatilla 9CH, 5 granules toutes les heures, en cas d’écoulement jaune clair.
  • Sticta pulmonaria 9CH, 5 granules toutes les heures, en cas d’envie de se moucher mais sans succès ¹ .
  • Sulfur iodatum 9CH, 5 granules matin, midi et soir, en cas de rhume qui ne passe pas.
    Spécialités : Coryzalia ® , Sinuspax ® .

¹ avec pesanteur à la jonction nez-front.

Vous venez de lire le chapitre 25 de l’ouvrage « Conseils à l’officine ».
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