Efficacité clinique de l’homéopathie : analyse et propositions

Rapport du gouvernement australien sur l’efficacité clinique de l’homéopathie : analyse et propositions

Report from the Australian government on the clinical efficacy of homeopathy: Analysis and proposals

Bernard Poitevin (Médecin allergologue homéopathe)

RÉSUMÉ

Le gouvernement australien a récemment publié un rapport étudiant l’efficacité de l’homéopathie dans de nombreuses pathologies, ceci en utilisant, comme source, des revues systématiques relatives aux essais cliniques réalisés en homéopathie. L’étude de 57 revues systématiques a permis l’analyse de 68 états pathologiques. Cependant, cette méthode conduit à l’exclusion d’essais bien conduits et à des analyses parfois excessivement tranchées. De plus, aucun médecin homéopathe expert sur le sujet n’a participé à ce travail. Analysant chaque situation étudiée par le groupe de travail, nous apportons des informations complémentaires et effectuons des propositions afin de déterminer dans quels domaines des essais cliniques contrôlés ou des études plus pragmatiques peuvent être effectués.
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

MOTS CLÉS Essais cliniques contrôlés en homéopathie National Health and Medical Research Council (NHRMC) Revues systématiques sur l’homéopathie

SUMMARY

The Australian government recently published a report studying the efficacy of homeopathy in numerous pathologies, by using as a source systematic reviews relating to clinical trials carried out in homeopathy. The study of 57 systematic reviews enabled 68 pathological conditions to be analysed. However, this method results in the exclusion of well-managed trials and in analyses which are sometimes overly unequivocal. Moreover, no homeopathic doctor with expertise in the subject contributed to this work. Analysing each situation studied by the task force, we provide additional information and put forward proposals in order to determine in which fields controlled clinical trials or more pragmatic studies can be carried out.
© 2016 Elsevier Masson SAS. All rights reserved

KEYWORDS Controlled clinical trials in homeopathy National Health and Medical Research Council (NHRMC) Systematic reviews of homeopathy

INTRODUCTION

Le débat sur l’évaluation clinique de l’homéopathie et les modalités d’étude de cette thérapeutique ont fait l’objet de controverses régulières. Ce fait s’explique par 3 éléments majeurs : 

  • méthodologique : le traitement homéopathique est prescrit de façon individualisée. Il est adapté à la maladie, mais aussi au patient, ce qui rend complexe les modalités de son évaluation dans des essais cliniques contrôlés contre placebo ou traitement de référence;
  • scientifique : l’homéopathie utilise souvent, mais pas toujours, des hautes dilutions pouvant se situer au-delà du seuil de présence moléculaire, ce qui dans le meilleur des cas intrigue, mais le plus souvent irrite la communauté scientifique, qui juge en général peu plausible, voire impossible, l’action des hautes dilutions utilisées ; 
  • social et politique : une partie importante de la population utilise l’homéopathie, ceci sur le continent européen, mais également en Inde, en Amérique du Sud. Les médecins prescripteurs sont également nombreux, désirant éviter autant qu’il est possible l’usage de thérapeutiques potentiellement iatrogènes.

 

En Australie, le National Health and Medical Research Council (NHRMC), dont la mission est de donner des avis sur les méthodes de soins, a identifié comme priorité les méthodes non encore accréditées ou fondées sur des preuves (« evidence based medicine »). Parmi celles-ci figure l’homéopathie. Esti- mant qu’il y avait des données contradictoires sur l’efficacité clinique de cette thérapeutique, une revue de la littérature relative à l’efficacité de l’homéopathie dans des conditions cliniques spécifiques a été effectuée [1]. Les auteurs ont utilisé la méthode de synthèse des revues issue du « Cochrane Handbook of Systematic Reviews of Interventions » [2]. Le rapport [3] est très complet et détaille les différentes revues systématiques ou méta-analyses considérant des situations cliniques particulières ainsi que les essais cliniques spécifiques. Sur une période allant de 1197 à 2013, le groupe de travail a analysé 183 revues systématiques publiées en langue anglaise en a retenu 60, puis exclu 3. Sur les 57 restantes, 8 portent sur une évaluation large de l’homéopathie. Cinq études concernent des conditions cliniques spécifiques : pathologies respiratoires allergiques et infectieuses [4], pathologie psychiatrique [5], dermatologie [6], douleurs de l’enfant [7], efficacité d’Arnica dans les traumatismes [8]. Trois études évaluent l’efficacité de l’homéopathie toutes pathologies confondues [9–11]. Le rapport analyse, à partir des essais cliniques issus de ces 57 revues systématiques, 15 champs thérapeutiques correspondant à 68 situations cliniques, dont 7 pour lesquelles il n’y avait pas d’études effectuées. L’analyse du NHMRC met en évidence :

  • un nombre de participants souvent faible par rapport au seuil de 150 retenu pour être fiable : sur les 61 états cliniques retenus au départ, il y avait moins de 150 patients inclus dans les essais pour 36 pathologies, de 150 à 500 pour 15 pathologies et plus de 500 pour 10 états cliniques ; 
  • un faible niveau de preuve dans l’ensemble des essais : dans 31 pathologies, seul un essai clinique contrôlé était identifié. Le degré de confiance calculé pour chaque pathologie en fonction de l’ensemble des preuves retenues (taille de l’échantillon, degré de précision et qualité des preuves) était modéré pour 1 pathologie, modéré à faible dans 4 pathologies, et faible à très faible dans les 56 autres pathologies

Ce travail a fait l’objet de consultations publiques et l’Homeopathy Research Institute (HRI) a adressé un document [12] posant 3 questions : 

  • le document est-il aisément compréhensible ? Le HRI émet des réserves ; 
  • le document montre-t-il clairement comment les experts du comité du NHRMC ont analysé les études ? Le HRI souligne l’absence de connaissances en homéopathie des experts et émet des réserves sur le regroupement des études ; 
  • y a t-il d’autres publications sur l’efficacité de l’homéopathie qui devraient être analysées ? Le HRI en signale plusieurs.

Le HRI reprit ces réserves dans deux documents successifs après publication du rapport du NHMRC [13,14], une brève synthèse étant effectuée dans le dernier document qui relève les problèmes majeurs suivants : 

  • pour chaque maladie, les résultats des essais étaient analysés comme un tout, les essais négatifs étant considérés annuler les résultats positifs, ceci même s’ils évaluaient des traitements complètement différents ; 
  • les études montrant l’efficacité de l’homéopathie en situation réelle n’ont pas été incluses ; 
  • seuls les essais publiés en anglais ont été analysés ; 
  • les essais comportant moins de 150 patients ont été considérés comme non fiables même si les résultats étaient en faveur de l’homéopathie. Le NHRMC ne justifie pas ce seuil ; 
  • les essais reproduits par la même équipe mais non reproduits par des équipes indépendantes ont été considérés comme insuffisants ; 
  • certaines études ont été exclues à tort. Ainsi le HRI note que le mode de sélection retenu aboutit à l’exclusion de méta analyses évaluant l’efficacité de l’homéopathie dans des pathologies spécifiques : diarrhées infantiles [15], rhinite allergique [16], vertiges [17].

Le HRI résume ses réserves dans la proposition de modification de paragraphe de synthèse. Selon le NHRMC, « il n’y a pas d’états cliniques pour lesquels des preuves fiables en faveur de l’efficacité de l’homéopathie existent. Aucune étude de bonne qualité bien conduite avec un nombre suffisant de patients conduisant à un résultat significatif ne permet de conclure que l’homéopathie entraine une amélioration de la santé supérieure au placebo ou égale à celle d’un autre traitement (de référence) ».
Le HRI propose : « Pour les 61 états cliniques considérés, en ne prenant en compte que les essais cliniques contrôlés, prospectifs, publiés en langue anglaise et en écartant les essais comportant moins de 150 participants (même en présence de résultats significativement positifs), en ne tenant pas compte des essais positifs non reproduits par une équipe indépendante, et en combinant tous les résultats des études pour chaque condition clinique, nous pouvons dire qu’il n’y a pas d’évidence fiable démontrant l’efficacité de l’homéopathie ».
À la lecture de ces documents contradictoires, deux éléments se dégagent : 

  • d’une part, le travail très important du NHMRC qui a analysé de très nombreux travaux en les classant par situation clinique étudiée ; 
  • d’autre part, le fait que des réserves peuvent réellement être émises concernant en particulier l’absence d’experts connaissant la recherche clinique en homéopathie, l’analyse conjointe d’essais comportant des traitements très différents, le seuil retenu de 150 patients qui ne tient pas compte de la singularité de l’homéopathie, et l’exclusion d’études bien conduites pour des raisons pas toujours clairement justifiées.

Nous proposons ici d’analyser brièvement les différents états cliniques et maladies considérées dans le rapport du NHMRC, ceci à la lumière des revues générales et méta-analyses déjà effectuées [9–11,18,19], d’un travail de synthèse publié en langue française [20], et d’une analyse récente des travaux de recherche clinique [21].
Nous résumerons les principales données issues de ce rapport. Les divergences d’interprétation seront signalées, tout comme le caractère surprenant de certaines indications cliniques retenues. Pour plus de clarté, nous suivrons sans le modifier l’ordre des indications cliniques étudiées, tel qu’il figure dans le rapport général de 301 pages, [3], une synthèse de cette liste étant effectuée dans le Tableau 6 (pages 23-25).

PATHOLOGIES ÉTUDIÉES

Troubles des oreilles et des yeux

Otite moyenne aiguë
Dans cette indication, le NHRMC retient 3 revues systématiques et 4 essais cliniques contrôlés regroupant 365 participants au total. L’étude conduite à Seattle sur 75 enfants de 18 mois à 6 ans est le seul essai randomisé retenu [22]. Dans cette étude pilote, portant sur des otites ayant débuté depuis moins de 36 heures, le traitement homéopathique individualisé, donné 3 fois par jour pendant 5 jours, a entraîné par rapport au placebo une diminution du score symptomatique à 24 et 64 heures, en faveur de l’homéopathie. En fonction des résultats obtenus, les auteurs de cette étude avaient évalué qu’un nouvel essai consécutif à cette étude nécessiterait 243 enfants dans chaque groupe ; ce qui montre la difficulté de réalisation des essais contrôlés en homéopathie.
Plus récemment, une autre étude randomisée [23] sans groupe placebo a été conduite en Inde et elle est évaluée dans le rapport complémentaire [24]. L’évaluation a été effectuée sur le score des symptômes et sur l’examen des tympans par un spécialiste ORL. Le traitement homéopathique individualisé en cinquante millésimales (LM) s’est avéré aussi efficace que le traitement conventionnel qui associait antipyrétiques, antalgiques et anti-inflammatoires. L’amélioration symptomatique a été plus rapide sous traitement homéopathique. Le recours à l’antibiothérapie a été nécessaire dans 39 des 40 cas sous traitement conventionnel, alors qu’il n’a été nécessaire dans aucun des 40 cas traités par homéopathie. Le NHMRC ne retient dans l’analyse de cet essai que la différence au 3e jour entre le groupe homéopathie (4 patients guéris) et traitement conventionnel (1 patient guéri) et ne retient pas l’équivalence d’efficacité des deux traitements.
Selon Jacobs, il est possible de conduire en Inde un essai contrôlé contre placebo, ceci à une large échelle [25]. Si l’action de l’homéopathie n’est pas prouvée dans ce domaine, l’étude pilote [22] portant sur un nombre trop réduit de patients, nous partageons l’avis de Jacobs sur la possibilité de réaliser un essai clinique randomisé portant sur un plus grand nombre de patients. D’autres essais signalés par Bellavite [4] et nous [21] n’ont pas été retenus, tel un essai ouvert où l’efficacité de l’homéopathie dans la douleur, l’absence de complications et la réduction du coût du traitement sont observées [26].

Glaucome
L’indication de l’homéopathie dans cette indication a été recherchée dans une revue systématique portant sur le glaucome et l’hypertension oculaire. Aucune étude n’a été identifiée. Ce n’est pas une indication clinique habituelle de l’homéopathie.

Troubles gastro-intestinaux

Constipation des enfants
Deux revues systématiques conduites en 2010 et 2011 sur la constipation chez les enfants n’ont pas relevé d’essai clinique correspondant.

Diarrhées infantiles
Quatre revues générales [7,9,11,27] analysent quatre études contrôlées contre placebo regroupant 544 patients, études issues du même groupe. Si cette absence de reproductibilité par un groupe indépendant constitue un facteur limitant, on peut s’étonner de la conclusion portant sur les trois essais individualisés qui, selon le rapport, sont « de qualité ou de taille insuffisante pour que l’on accorde suffisamment de considération à leurs résultats ». Cependant, la méta-analyse des trois essais conduits par l’équipe de Jacobs sur 242 enfants met en évidence une diminution de la durée moyenne de la diarrhée de 0,66 jours [15]. Selon les auteurs, l’homéopathie présente un intérêt en complément de la réhydratation orale et un intérêt économique dans cette indication. Cette conclusion n’est nullement présentée dans le rapport du NHRMC qui ne retient pas l’homéopathie comme une indication du traitement de la diarrhée infantile.

Syndrome du côlon irritable
Une revue systématique [11] analyse un essai comparatif entre traitement homéopathique individualisé et traitement de référence sur 23 patients. Il conclut à une amélioration similaire dans les deux groupes. Cet essai étant de trop faible qualité pour conclure, le NHRMC ne retient pas ce syndrome comme une indication de l’homéopathie.

Iléus postopératoire
Dans ce syndrome, l’analyse de trois revues systématiques [9,10,28] conduit le groupe de travail à retenir 7 essais portant sur 1095 patients au total, dont 5 études contrôlées effectuées sur 995 patients au total et 2 études non randomisées. Deux méta-analyses de ces travaux ont été effectuées [10,28]. Le rapport note que ces deux méta-analyses concluent sur une différence significative en faveur du placebo, mais qu’elles mélangent des études de qualité variable. Le NHRMC retient les résultats de l’étude principale portant sur 600 patients [29] qui ne détectait pas de différence entre placebo et deux traitements homéopathiques et conclut à la non indication de l’homéopathie dans ce syndrome clinique.
Des précisions sont nécessaires. L’étude réalisée en France sur 600 patients dans plusieurs centres [29] posait également la question de la comparaison de l’effet placebo (un groupe) et de l’homéopathie (deux groupes dont un avec des hautes dilutions) avec une absence de traitement (quatrième groupe). Il n’y a eu aucune différence entre les 4 groupes, ce qui conduit à conclure que l’homéopathie a un effet placebo qui est luimême nul ! L’hypothèse de problèmes méthodologiques ou logistiques lors de cette étude ne peut donc être exclue. Il parait donc légitime de ne pas conclure devant les résultats positifs des méta-analyses, dans l’attente de nouvelles études effectuées sur des populations homogènes, en particulier pour le type de chirurgie digestive réalisée.

Recto-colite
Une revue générale [11] analyse une seule étude portant sur 20 patients comparant l’effet de l’homéopathie individualisée au placebo et au traitement de référence. L’interprétation difficile ne permet pas d’apporter d’argument en faveur de l’homéopathie dans cette indication non retenue par le NHRMC.

Troubles génito-urinaires

Aucune étude n’a été retrouvée dans deux revues générales, qu’il s’agisse d’énurésie nocturne de l’enfant ou de pathologie du bas appareil urinaire de l’adulte.

Maladies infectieuses

Amibiase et giardase
Une étude contrôlée comparant l’efficacité de l’homéopathie individualisée dans le traitement de deux parasitoses l’amibiase et de la giardase a été analysée dans une revue générale [11]. L’efficacité de l’homéopathie est supérieure au placebo, mais l’étude souffre de nombreux biais et l’indication de l’homéopathie n’est pas retenue dans le traitement de ces deux parasitoses.

Choléra
Une étude contrôlée contre placebo dans le choléra est identifiée [11] mais ne donne pas de différence significative avec le placebo. Cette indication clinique n’est pas retenue par le groupe du NHMRC.

SIDA
Le traitement homéopathique du HIV a fait l’objet de deux essais cliniques contrôlés contre placebo analysés dans une revue générale [30]. Ces études de faible qualité ne permettent de retenir aucune indication de l’homéopathie dans le traitement du SIDA.

Syndromes grippaux
Les syndromes grippaux et la grippe constituent par contre une indication classique de l’homéopathie avec deux types de traitement, l’un médical adapté au patient, l’autre lié à l’automédication ou à la prescription pharmaceutique de spécialités connues. Quatre études contrôlées sont relevées dans 3 revues générales [4,9,31], avec un total de 1259 patients inclus. Dans son analyse, le groupe de travail australien ne retient aucune indication de l’homéopathie en contradiction avec l’analyse de Bellavite [4] en faveur d’une indication d’anas barbariae dans le traitement de la grippe, indication également retenue par le groupe Cochrane dans une analyse [31] faite à partir des essais cliniques contrôlés et portant sur des médicaments homéopathiques utilisés contre la grippe ou les états grippaux. Sur les sept essais cliniques inclus, quatre évaluaient les effets thérapeutiques des médicaments (1194 participants) et trois leurs effets préventifs (2265 participants). Selon l’analyse du groupe Cochrane, la qualité scientifique des études est relativement faible. Il n’y a pas d’effet préventif démontré, mais un effet curatif modéré d’anas barbariae 200 K avec réduction du temps d’infection de 0,28 jour. Cette faible efficacité curative demande à être confirmée par de nouvelles études de plus large envergure avant que ce médicament ne puisse être recommandé en tant que traitement de première intention.
Ces résultats ne sont pas surprenants pour les médecins homéopathes qui utilisent surtout des traitements individualisés lorsque le patient les consulte, auxquels ils associent pour la prévention des biothérapiques en précisant aux patients que cette prévention n’est pas une vaccination.

Paludisme
Une revue générale [11] analyse un essai sur le traitement homéopathique de la malaria comparé à la chloroquine chez 74 patients. Les résultats sont équivalents mais l’absence de traitement statistique et la non réalisation de nouvelles études ne permettent pas au NHRMC de retenir une indication de l’homéopathie dans le paludisme.

Candidoses vaginales récurrentes
Une revue générale en dermatologie [6] analyse un essai clinique comparant l’efficacité de l’homéopathie à celle d’un traitement antimycosique, ceci chez 150 patientes. Les résultats étaient en faveur du groupe recevant le traitement de référence. Cette indication n’est pas retenue par le NHMRC. Dans l’étude des maladies infectieuses, l’analyse du NHMRC ne retient pas deux études contrôlées faites dans des unités de soin intensif où des résultats significatifs surprenants ont été observés dans le traitement des infections sévères [32] et dans l’accumulation des sécrétions trachéales chez des patients sous ventilation mécanique [33]. La reproductibilité de ces essais peut s’avérer complexe compte tenu de la gravité des pathologies traitées. Le groupe de travail du NHRMC ne mentionne pas non plus deux études pilotes faites dans le traitement de la dengue [34] et de la prévention de la leptospirose [35,36].

Les pathologies traumatiques et postopératoires

Entorse de la cheville
Selon une revue générale [9], une étude contrôlée comparant l’effet d’un traitement homéopathique local par rapport au placebo a donné des résultats favorables au traitement de la spécialité homéopathique étudiée. Le groupe du NHMRC ne retient pas cette indication parce qu’elle repose sur un seul essai clinique considéré de faible qualité. Elle généralise également la conclusion de l’analyse de Cucherat [9] selon laquelle le poids des arguments issus des essais cliniques est insuffisant pour démontrer l’efficacité clinique de l’homéopathie.

Traumatisme aigu
Une revue générale [8] analyse un essai portant sur l’utilisation d’Arnica 30 CH contre placebo. La faible qualité de cet essai ne permet pas au NHMRC de retenir cette indication pour l’homéopathie.

Traumatisme cranio-cérébral léger
Un seul essai contrôlé favorable à l’homéopathie, mais dont la méthodologie est insuffisamment détaillée, est analysé dans deux revues générales [5,11]. Cette indication clinique n’est pas retenue par le NHRMC.

Syndrome douloureux postopératoire
Un seul essai clinique portant sur l’efficacité d’Aconitum napellus par rapport au placebo dans le traitement de l’agitation et de la douleur postopératoire est relevé dans deux études systématiques [7,9]. Malgré des résultats significatifs en faveur de l’action d’Aconitum napellus, cet essai non reproduit et de qualité insuffisante, ne permet pas au NHRMC de retenir cette indication pour l’homéopathie.

Syndromes musculosquelettiques et rhumatologiques

Spondylarthrite ankylosante
Dans une étude relevée par Bellavite [4] et portant sur 104 patients, l’injection intramusculaire de Formica rufa 6DH ne donne aucun effet significatif par rapport au placebo. Cette indication n’est pas reconnue par le NHRMC.

Polyarthrite chronique
Le NHMRC mentionne une étude relevée par Bellavite [4] portant sur 11 patients et comparant l’efficacité de l’homéopathie à celle du placebo. Les résultats sont positifs mais la faible qualité de l’étude ne permet pas au NHRMC de retenir l’indication.

Fatigue musculaire consécutive à l’effort
Deux revues systématiques [8,37] analysent trois essais contrôlés et randomisés contre placebo portant sur 143 patients au total et cinq études non randomisées issues du même groupe et portant sur 172 participants. Dans les trois premiers essais, les différences entre le traitement homéopathique (Arnica et Rhus toxicodendron à différentes dilutions) ne sont pas significatives, mais une tendance favorable à l’homéopathie est notée et le groupe de travail du NHRMC souligne à juste titre le trop faible nombre de participants qui diminue la puissance des essais. Le groupe de travail retient les analyses des deux revues générales et conclut à l’absence de preuve de l’action de l’homéopathie dans cette indication. Cependant, le rapport n’analyse pas une étude complémentaire rassemblant deux études contrôlés contre placebo et randomisés conduites chez des marathoniens (82 sujets) qui met en évidence un effet positif net sur l’endolorissement musculaire mais une absence d’effet sur les paramètres biochimiques [38]. Dans cette série d’études qui peut être reprise sur un grand nombre de patients, la puissance de l’essai est un facteur critique.

Fibromyalgie
Dans cette pathologie complexe, multifactorielle, et très actuelle, le groupe du NHMRC retient quatre essais cliniques contrôlés analysés dans sept revues générales [4,5,39–43]. Trois essais sont contre placebo et un compare l’homéopathie à l’ensemble des autres traitements utilisés dans la fibromyalgie. Dans les deux études de meilleure qualité [44,45] le nombre de points douloureux est diminué par rapport au placebo. Dans l’étude de Bell [44] d’autres critères sont significativement améliorés tels les scores de fibromyalgie et de santé globale. Dans l’étude de Fisher [45] utilisant la méthode de cross over, la douleur et le sommeil sont également améliorés par le médicament choisi par individualisation, Rhus Toxicodendron, ceci par rapport au placebo. La méthode de cross over et l’analyse statistique sont critiquées [42]. Une étude ouverte [46] conduite sur 36 patients a montré après 22 semaines de traitement une amélioration significative du score total du questionnaire d’impact de la fibromyalgie, avec un léger effet sur la douleur, mais un effet important sur le retentissement fonctionnel de la maladie, ceci pour le groupe de patients suivis par le médecin homéopathe, par rapport à un groupe recevant uniquement les soins usuels.
Sur l’ensemble de ces résultats et des analyses, le NHMRC ne retient pas d’indication de l’homéopathie dans la fibromyalgie.
Ce jugement tranché ne correspond pas totalement à l’analyse des articles : les études de Bell déterminant les « bons répondeurs », celle de Fisher intéressante par sa méthode mais ayant l’inconvénient de limiter le recrutement aux seuls patients sensibles à Rhus toxicodendron, et l’approche plus globale de Relton [46] laissent la porte ouverte à l’indication de l’homéopathie pour certains patients fibromyalgiques. Devant la difficulté de certains de ces patients à être amélioré et la nécessité d’éviter des traitements au long cours trop iatrogènes, et devant les résultats prometteurs obtenus [4,39,40], il est logique de laisser la possibilité à l’homéopathie d’être éprouvé dans cette indication où la qualité de vie des patients atteints est fortement altérée.

Hématome du genou
Dans la méta-analyse de Cucherat [9], un essai randomisé portant sur l’efficacité de l’injection intra-articulaire d’une spécialité homéopathique par rapport au placebo, est analysé chez 80 patients : l’amélioration de la mobilité du genou est statistiquement significative. Dans ce cas aussi, le NMHRC utilise la conclusion générale de l’étude de Cucherat selon laquelle le poids des preuves n’est pas suffisant pour permettre de conclure à l’efficacité de l’homéopathie et conclut que cette indication ne relève pas de l’homéopathie.

Arthrose
L’efficacité de l’homéopathie dans l’arthrose est évaluée dans trois revues systématiques [4,47,48] qui incluent quatre essais cliniques contrôlés et randomisés, et un essai non randomisé, les cinq essais regroupant 998 patients. Parmi les quatre essais cliniques contrôlés, la prescription non individualisée de Rhus toxicodendron 6XH a une efficacité significativement inférieure à celle d’un anti-inflammatoire, mais cet essai non individualisé a été beaucoup critiqué par les médecins homéopathes, car il ne respectait aucune règle d’individualisation [20]. Dans les trois autres études qui concernent des spécialités, le traitement homéopathique a une efficacité égale et parfois supérieure au traitement de référence. Cependant, considérant la faible qualité des essais analysés, le NHMRC ne retient pas d’indication pour l’homéopathie dans l’arthrose.

Polyarthrite rhumatoïde
Trois revues générales [4,9,49] analysent 4 essais contrôlés randomisé et un essai contrôlé non randomisé comparant l’effet de l’homéopathie au placebo dans la polyarthrite rhumatoïde, ceci sur un total de 573 patients. Le NHRMC n’analyse pas la méta-analyse conduite sur 4 essais de bonne qualité (sur 6 analysés) [50]. Elle est positive en faveur de l’homéopathie (OR 2, 11 ; CI 1, 32-3, 35)1, mais les auteurs émettent des réserves sur la qualité des essais. Le NHMRC conclut qu’il n’y a pas de preuve suffisante en faveur de l’homéopathie dans cette indication clinique.

1OR : odds ratio ou risque relatif approché : CI intervalle de confiance.

Les troubles neurologiques

Accident vasculaire cérébral avec aphasie de Broca
Linde et Mechart [11] analysent une étude comparant l’efficacité de l’homéopathie au placebo chez des patients ayant eu un accident vasculaire cérébral avec aphasie de Broca, étude comportant de nombreuse données manquantes avec des résultats très favorables à l’homéopathie.

Accident vasculaire cérébral
Une revue générale [8] analyse une étude relative à l’action d’Arnica contre placebo dans les 7 jours suivant la survenue d’un accident vasculaire cérébral : il n’y a pas d’effet significatif d’Arnica. Cette indication n’est pas retenue par le NHMRC pour l’homéopathie.

Céphalées et migraines
Quatre revues systématiques [9,11,51,52] ont identifié quatre essais cliniques randomisés comparant l’efficacité de l’homéopathie au placebo, ceci sur un total de 295 patients. Deux études donnent des résultats favorables à l’homéopathie, les deux autres ne donnant pas de différence par rapport au placebo. Selon la méta-analyse faite en 1999 [53], il n’y avait pas de différence entre homéopathie et placebo.
Le NHRMC ne retient pas cette indication pour l’homéopathie. Cependant, ces analyses n’intègrent pas une étude portant sur l’évaluation de l’efficacité d’un traitement d’homéopathie individualisée [54], étude donnant une différence en faveur de l’homéopathie avec une réduction significative de la fréquence des crises dans le groupe traité. Deux autres études observationnelles ont porté ensuite sur les effets à long terme d’un traitement homéopathique sur les céphalées et migraines. Dans la première étude [55] effectuée pendant 6 mois, plus de 60 % des patients ont eu une amélioration sur la douleur et les différents paramètres de qualité de vie. Dans une autre étude d’observation plus récente [56], réalisée sur deux ans sur 304 personnes souffrant de céphalées chroniques, une diminution significative de l’intensité de la douleur a été observée, particulièrement au cours des trois premiers mois. Il est donc nécessaire de poursuivre la recherche clinique dans cette pathologie où la demande est fréquente et le traitement individualisé nécessaire.

Grossesse et accouchement

Dystocie
Une revue systématique [9] mentionne un essai conduit sur 34 patientes recevant Caulophyllum 5 CH contre placebo. Même si l’action contre la douleur est significativement en faveur de l’homéopathie, l’essai est considéré comme étant de faible qualité et l’indication n’est pas retenue par le NMHRC.

Induction du travail et réduction de la durée du travail
Deux essais contre placebo sont analysés dans une revue générale [57]. L’absence de différence significative de Caulophyllum 5CH par rapport au placebo dans un essai et la qualité analysée comme médiocre du second essai (résultats partiellement en faveur de l’homéopathie) ont conduit le NHRMC à ne pas retenir cette indication pour l’homéopathie. Dans cette indication, l’évaluation rigoureuse de traitements homéopathiques individualisés est recommandée pour des études ultérieures [58].

Troubles psychiatriques et comportementaux

Déficit de l’attention et hyperactivité
Quatre revues systématiques [5,7,11,59] ont identifié trois essais cliniques contrôlés avec un total de 125 participants et une étude prospective non randomisée sur 45 patients. Si une étude [60] évaluant l’homéopathie individualisée donne des différences significatives par rapport au placebo, l’analyse Cochrane effectuée sur quatre essais [59] n’apporte pas de preuve de l’efficacité de l’homéopathie pour les différents symptômes du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Le NHMRC ne retient pas cette indication pour l’homéopathie. Le développement de protocoles de traitement adaptés est recommandé pour améliorer les méthodes de prescription de l’homéopathie sur cette pathologie ou la prescription de l’homéopathie est souvent demandée et s’avère utile dans les formes modérées.

Anxiété
Deux revues systématiques [5,61] évaluent les résultats de neuf essais contrôlés contre placebo (total de 402 participants) et de trois essais contre traitement de référence (total de 172 participants). La revue systématique la plus récente [61] conclut à l’absence d’évidence d’efficacité de l’homéopathie pour le traitement de l’anxiété et à la nécessité d’études de meilleure qualité. Celles-ci devraient être consécutives à des études d’observation préalables et prendre en compte la nature très individualisée du traitement dans cette affection qui fait partie de la psychopathologie courante en médecine générale, et pour laquelle un traitement homéopathique est fréquemment requis avec un taux de satisfaction élevé chez les patients mais avec des résultats contradictoires dans les études conduites. Dans ce cas aussi, des études pragmatiques incluant des critères qualitatifs sont nécessaires. Le groupe de travail du NHMRC considère qu’il n’y a pas de preuve suffisante pour retenir l’indication de l’homéopathie dans l’anxiété et les troubles liés au stress.

Troubles de la personnalité « borderline »
Aucun essai n’est identifié pour cette pathologie qui n’est pas en pratique une indication de l’homéopathie.

Démence
Le NHRMC n’a identifié aucun essai pour cette pathologie. Une étude synthétique avait été réalisée dans le cadre de la banque de données Cochrane sur l’effet de l’homéopathie dans la démence [62]. La recherche faite à partir du terme homéopathie, mais aussi à partir des médicaments qui pouvaient être indiqués (Natrum sulfuricum, Alumina) avait identifié un seul essai de qualité insuffisante. Aucune recommandation ne peut être effectuée sur cette pathologie qui n’est pas de prescription courante en homéopathie.

Dépression
Une revue systématique [63] a permis d’identifier deux essais randomisés de qualité insuffisante (total de 34 patients). Elle conclut à l’absence d’évidence d’efficacité de l’homéopathie dans la dépression et à la nécessité d’études de meilleure qualité. Celles-ci devraient être consécutives à des études d’observation préalables et prendre en compte la nature très individualisée du traitement dans ce cas. Le NHRMC ne retient pas cette condition pour l’homéopathie.

Addiction à l’héroïne
Une revue systématique [11] a identifié une étude randomisée contre placebo de faible qualité, portant sur 60 patients. Selon le NHMRC, cette pathologie n’est pas une indication de l’homéopathie.

Troubles gynécologiques

Syndrome prémenstruel
Trois revues systématiques [5,11,64] identifient cinq essais cliniques contrôlés (total de 103 participants) comparant l’homéopathie au placebo dans le traitement du syndrome prémenstruel. Il n’y a pas de supériorité de l’homéopathie par rapport au placebo. Il reste nécessaire de mieux étudier les effets de l’homéopathie individualisée dans cette indication clinique, fréquente en pratique, non retenue comme indication de l’homéopathie par le NHMRC.

Montée laiteuse non souhaitée pendant le postpartum
Une revue systématique [58] identifie un essai clinique contrôlé portant sur 71 patients dans la douleur liée à la montée laiteuse non souhaitée pendant le post-partum. Bryonia 9 CH et Apis mellifica 9 CH ont une efficacité supérieure au placebo, mais les auteurs notent des risques de biais dans la répartition des traitements et ne retiennent pas l’indication de l’homéopathie. Le NHMC fait le même choix.

Troubles respiratoires et allergiques

Indication de l’adénoïdectomie chez l’enfant
Une revue systématique [7] identifie deux essais cliniques contrôlés contre placebo portant sur 117 patients. En l’absence de différences significatives, l’indication de l’homéopathie dans la réduction de taille des végétations adénoïdes n’est pas retenue par le NHMRC.

Rhinite allergique
Cinq revues systématiques [4,9,10,65,66] identifient 13 essais cliniques contrôles contre placebo (total de 1436 patients) et trois essais cliniques contre traitement de référence (total de 395 patients). Des revue systématiques et méta-analyses portant sur des thérapeutiques précises, isothérapie [67] ou le médicament Galphimia Glauca [16] ne sont pas retenues. Galphimia Glauca, a fait l’objet de 7 essais contre placebo et de 4 autres études contrôlées comparant l’action de différentes hauteurs de dilutions (de 4 CH à 200 CH). La méta-analyse réalisée [16] est très favorable au médicament étudié. Cependant, le fait que le même groupe de recherche soit à l’origine de toutes les études ne permet pas de conclure formellement sur la reproductibilité de l’action de Galphimia Glauca dans cette indication. Le NHMRC conclut sur l’insuffisance de qualité des essais et sur l’absence d’indication de l’homéopathie dans cette pathologie. Ceci ne résume pas le débat contradictoire qui existe dans les revues systématiques citées [4,10,66]. Il note cependant qu’une étude portant sur 144 patients, de bonne qualité et atteignant presque le seuil de 150 patients [68] donne une différence significative par rapport au placebo tout en soulignant l’absence de confirmation de ces résultats par d’autres études de taille suffisante. Le NHMRC note l’absence de détails méthodologiques figurant dans les revues utilisées [4,66]. L’analyse précise des articles permet de répondre à ces questions étudiées par ailleurs [69]. Elles feront l’objet d’un développement ultérieur.

Asthme
Six revues systématiques [4,7,9,11,66,70] incluent huit essais contrôlés contre placebo (total de 675 patients) le groupe de Bellavite [4] et le groupe Cochrane [70] ayant analysé respectivement sept et six études. Le groupe du NHMRC identifie bien les difficultés : variabilité des traitements, aspects éthiques imposant d’évaluer l’effet de l’homéopathie donnée de façon complémentaire au traitement classique ; Ils mentionnent la conclusion du groupe Cochrane [70] : « Bien qu’il n’y ait pas de rationalité scientifique plausible derrière l’homéopathie, il peut y avoir des effets non spécifiques liés à une prise en charge globale ». Les auteurs mentionnent aussi que l’essai portant sur le plus grand nombre de patients (242) n’a pas donné de résultats en faveur de l’homéopathie [71], mais cet essai avait été vivement critiqué par les médecins homéopathes, principalement sur le fait que l’évaluation portait sur des asthmes légers et équilibrés sous traitement conventionnel [72]. Selon le NHMRC, l’homéopathie n’est pas plus efficace que le placebo dans le traitement de l’asthme. Nous retiendrons également l’avis du groupe Cochrane [71] selon lequel il est nécessaire d’évaluer l’ensemble des soins plutôt que le médicament seul, et de faire précéder les essais cliniques par des études d’observation permettant de mieux étudier les réactions des patients aux différents types de prescriptions utilisées.

Bronchite
Une revue systématique [8] identifie un essai contrôlé comparant l’efficacité d’une spécialité au placebo chez 258 patients, essai ne donnant pas de résultat significatif. Cette indication n’est pas retenue par le NHRMC.

Toux
Un essai clinique portant sur 60 patients est identifié par Bellavite [4] qui ne conclut pas sur l’efficacité de la spécialité (sirop) étudiée. Selon le NHMRC, il n’y a pas de preuve de l’efficacité de l’homéopathie dans cette indication.

Lichen plan buccal
Une étude identifiée par Bellavite [4] et portant sur 30 patients est en faveur d’un effet significatif d’Ignatia 4 CH par rapport au placebo. Sur ce seul essai de qualité non identifiée, le NHMRC conclut sur la non indication de l’homéopathie dans cette pathologie.

Rhinite non allergique
Bellavite [4] identifie deux études randomisées (203 participants au total) et deux études non randomisées portant sur une spécialité et un spray nasal (1136 participants au total) comparant l’efficacité de l’homéopathie à d’autres thérapeutiques. Malgré l’équivalence de l’efficacité des traitements, cette indication n’est pas retenue par le NHRMC en raison de la faible qualité des essais.

Sinusite
Deux revues systématiques [4,8] identifient 3 essais contrôlés contre placebo (total de 420 patients) dont deux donnent des différences significatives en faveur de l’homéopathie. En se basant sur la conclusion générale de la revue de Cucherat, le NHMRC conclut qu’il n’y a pas de preuve en faveur de l’homéopathie dans le traitement de la sinusite.

Infection des voies respiratoires supérieures
Trois revues systématiques [4,7,11] permettent d’analyser trois essais contrôlés contre placebo (total de 486 patients), quatre essais contre traitement de référence dont un randomisé (208 patients) et trois études prospectives non randomisées (2498 patients). Sur l’étude de De Lange [73] effectuée contre placebo (175 patients] et reconnue de bonne qualité, le NHMRC note les analyses contradictoires de deux méta-analyses, avec des résultats non significatifs pour Altunk [7] et significatifs pour Linde [11]. Cet essai prévu sur 300 patients n’a pu bénéficier d’un recrutement suffisant ce qui a conduit à une différence non significative sur le critère principal (p = 0,06) mais à une réduction nette de l’usage des antibiotiques et du nombre d’adénoïdectomies. Le NHMRC conclut cependant qu’il n’y a pas de preuve suffisante qui démontre l’efficacité de l’homéopathie par rapport au placebo ou son équivalence par rapport aux traitements conventionnels dans le traitement des infections des voies respiratoire supérieures. Cette conclusion nous semble trop abrupte si on considère d’autres études. En premier lieu, la méta-analyse de Shang [19] dont l’objectif était de prendre en compte les biais de publication, comportait l’analyse d’un sous-groupe de huit essais portant sur le traitement homéopathique des infections respiratoires hautes, analyse favorable à l’homéopathie par rapport aux essais portant sur les traitements conventionnels (OR : 0,36 ; IC 0,26-0,50). En second lieu, les études prospectives analysant l’efficacité de traitements homéopathiques individualisés [74] par rapport aux traitements non conventionnels donnent des résultats égaux ou supérieurs qu’il s’agisse de l’efficacité thérapeutique ou de la survenue des effets secondaires [74,75].

Affections des tissus cutanés ou sous-cutanés

Acné
Une étude comparant l’homéopathie individualisée au placebo est identifiée [11] avec un score d’amélioration favorable à l’homéopathie mais non significatif. Le NHMRC conclut qu’il n’y a pas de preuve d’efficacité de l’homéopathie par rapport au placebo pour le traitement de l’acné vulgaire.

Pyodermite
Une étude comparant l’efficacité d’Hepar sulfur 4CH au placebo est identifiée par Cucherat [9]. Devant l’absence de résultat significatif, le NHMRC conclut que l’homéopathie n’est pas supérieure au placebo dans cette indication.

Ecchymoses
Deux études indiquées par Ernst [8] comparant l’effet d’Arnica 30 CH et Arnica 10 M donnent des résultats significatifs en faveur d’Arnica par rapport au placebo. La petite taille des échantillons des deux études (10 et 23 patients) conduit le NHMRC à conclure qu’il n’y pas de preuve fiable en faveur d’une efficacité supérieure au placebo pour l’homéopathie dans le traitement des ecchymoses.

Brûlures du second et du troisième degré
Une revue systématique [9] inclut un essai clinique comparant l’efficacité de Calendula à la vaseline sur 103 patients. Malgré l’absence de différence significative entre les deux traitements, le NHMRC se fonde sur l’analyse générale de Cucherat pour conclure à l’absence d’efficacité de l’homéopathie dans cette indication.

Eczéma
Deux revues systématiques [6,76] identifient un essai randomisé contre placebo sur 23 patients et deux études prospectives non contrôlées (total de 253 patients). Il n’y a pas de différence significative contre placebo et pas de différence significative non plus entre l’homéopathie et le traitement conventionnel dans les trois études non contrôlées effectuées dans l’eczéma atopique de l’adulte et de l’enfant. Cependant, le NHRMC conclut qu’il n’y a pas d’argument démontrant que l’homéopathie est aussi efficace que le traitement conventionnel de l’eczéma atopique en se fondant sur la possibilité de biais dans l’inclusion des patients et sur la conclusion générale de Simonart [6] : « l’hypothèse qu’une affection dermatologique répond mieux au traitement homéopathique qu’au placebo ou qu’a d’autres interventions n’est pas supporté par des preuves ».

Dermatite séborrhéique
Un essai clinique contrôlé (41 patients) analysé par Simonart [6] donne des résultats significatifs en faveur de l’homéopathie mais cet essai est de faible qualité et n’apporte pas de preuve en faveur de l’efficacité de l’homéopathie dans le traitement de la dermite séborrhéique.

Ulcère
Une étude contrôlée contre placebo portant sur 100 patients et évaluant l’efficacité d’un traitement homéopathique individualisé est analysée [4,6] ainsi qu’une étude prospective non contrôlée. Malgré des résultats significatifs en faveur de l’homéopathie, le NHMRC ne retient pas cette indication pour l’homéopathie en se fondant sur la conclusion générale de Simonart selon laquelle il n’y a aucune preuve convaincante en faveur de l’homéopathie par rapport au placebo ou au traitement de référence dans les pathologies dermatologiques analysées.

Prurit des dyalisés
Simonart [6] analyse une étude contrôlée portant sur 28 patients, comparant l’efficacité d’un traitement homéopathique individualisé au placebo. Un des critères analysés est significativement en faveur de l’homéopathie, mais le NHMRC ne retient pas l’indication de l’homéopathie dans cette pathologie en s’appuyant sur la conclusion générale de Simonart.

Verrues
Quatre essais cliniques contrôlés portant sur 277 patients sont analysés [6,7,11]. Aucune différence significative en faveur de l’homéopathie par rapport au placebo n’est notée. Selon le NHMRC, il n’y a pas d’indication de l’homéopathie dans cette pathologie.

Troubles du sommeil et fatigue

Fatigue chronique
Trois essais cliniques contrôlés contre placebo (total de 197 patients) sont analysés dans 6 revues générales [7,11,43,77–79]. Malgré des résultats en faveur de l’homéopathie sur la fatigue dans deux des trois essais, dont un de bonne qualité, cinq des six revues générales concluent à l’insuffisance de preuve en faveur de l’homéopathie dans cette indication. La NHMRC rejoint cette conclusion.

Troubles du sommeil ou des rythmes circadiens
Huit études contrôlées contre placebo (total de 330 patients) sont analysée dans quatre méta-analyses [5,11,80,81]. Malgré des résultats significatifs dans trois études portant sur le traitement de l’insomnie, du ronflement sévère et du décalage horaire (jet lag), les revues générales et le NHMRC ne se prononcent pas en faveur de l’indication de l’homéopathie dans ces pathologies.

Effets secondaires des traitements anticancéreux

Effets secondaires des perfusions intraveineuses
Une étude portant sur 29 patientes atteintes de cancer du sein et comparant l’effet d’Arnica 5CH au placebo dans les troubles veineux dus aux perfusions d’antimitotiques est analysée par Kassab [82]. Malgré des résultats positifs sur le tonus veineux, la douleur et l’accessibilité aux veines, cet essai est de faible qualité et cette indication n’est pas retenue [82]. Le NHMRC conclut de façon identique.

Nausées et vomissements liés à la chimiothérapie
Un essai clinique comparant l’efficacité de 3 médicaments homéopathiques (dont un censé être inefficace sur les nausées et vomissements) est analysé [82]. L’absence de différence entre les trois groupes conduit à conclure à l’absence d’efficacité de l’homéopathie. Pour le NHMRC, l’homéopathie n’est pas indiquée dans cette pathologie.

Stomatite induite par la chimiothérapie
Deux études cliniques conduites par le même groupe dont une étude pilote et une étude contrôlée contre placebo sont analysées dans trois revues générales [4,82,83]. En raison de la faible qualité des études, le NHMRC n’observe pas de différences entre l’homéopathie et le placebo dans cette indication.

Bouffées de chaleur chez les femmes ayant eu un cancer du sein
Trois revues systématiques [82–84] incluent deux essais contrôlés de bonne qualité portant au total sur 136 patients et comparant l’effet d’un traitement homéopathique individualisé au placebo chez des patientes ayant eu un traitement du cancer du sein. Le groupe du NHRMC s’étonne de la diversité des médicaments homéopathiques choisis mais cette diversité est parfaitement cohérente avec l’individualisation thérapeutique de l’homéopathie. Malgré des résultats favorables à l’homéopathie dans une des études, les revues générales soulignent que le nombre de patients inclus est insuffisant. Le NHMRC conclut à l’insuffisance de l’homéopathie dans cette indication clinique fréquemment rencontrée en pratique.

Radiodermite chez les patients sous radiothérapie
Trois revues générales [6,82,83] incluent un essai clinique de bonne qualité portant sur 66 patients comparant l’effet de Belladonna 7 CH et Rayons X 15 CH au placebo. Malgré des effets transitoires sur la chaleur cutanée et l’hyperpigmentation, il n’y a pas d’effet significatif sur les critères principaux d’évaluation. Les revues générales et le NHRMC concluent à l’absence d’indication de l’homéopathie dans les radiodermites induites par la radiothérapie chez les femmes atteintes de cancer du sein.

Traitements de la douleur

Névralgie faciale chronique
Une revue systématique des traitements de la névralgie faciale n’inclut aucun essai de traitement homéopathique dans cette indication.

Douleurs du bas du dos
Une revue systématique [85] a retenu un essai comparant l’efficacité d’une spécialité homéopathique à une pommade contenant de la capsaïcine. Dans cet essai de bonne qualité effectué sur 161 patients donc au-delà du seuil retenu de 150, malgré l’équivalence d’efficacité entre les deux traitements et en raison de l’absence d’effet d’étude contre placebo, le NHMRC conclut qu’il n’y a pas de preuve suffisante en faveur de l’efficacité de l’homéopathie dans le traitement des douleurs du bas du dos.

Douleurs en odontostomatologie
Cinq essais contrôlés contre placebo (total de 346 patients) sont analysés dans deux revues générales [11,86]. Le traitement homéopathique (Hypericum seul dans un cas, ou Hypericum et Arnica) ne donne aucune modification significative sur le critère principal de chaque étude, des critères secondaires étant significativement améliorés. Selon le NHRMC, l’homéopathie n’est pas plus efficace que le placebo dans cette indication.

Douleur consécutive à la chirurgie orthopédique
Dans une revue systématique [87], trois essais cliniques comparant l’homéopathie (Arnica) au placebo (total de 181 patients) dans la douleur consécutive à la chirurgie orthopédique (chirurgie du genou et du canal carpien) sont analysés. Aucun effet significatif n’est observé, une réduction de l’inconfort de la main étant observée dans un essai de chirurgie du canal carpien. Sur la base de ces données, le NMHRC conclut à l’absence de supériorité de l’homéopathie par rapport au placebo dans cette indication.

CONCLUSION

Les 57 revues générales retenues dans cette étude ont permis d’analyser l’efficacité de l’homéopathie dans 68 pathologies. Dans sept d’entre elles (glaucome, constipation de l’enfant, énurésie nocturne, symptômes du bas appareil urinaire chez l’homme, trouble de la personnalité, démence, douleur chronique de la face), aucune étude n’a été retrouvée.
Sur les 61 états pathologiques analysés, la rareté des études de bonne qualité, la prépondérance d’études ayant de petits échantillons avec une puissance insuffisante et l’absence de réplication de nombreuses études rendent l’interprétation de différences apparemment significatives en faveur de l’homéopathie contre le placebo difficiles selon le NHRMC. Le groupe fournit des recommandations pour des études ultérieures et conclut sur le fait que cette analyse de revues générales ne permet pas de démontrer que l’homéopathie est un traitement efficace pour aucune des pathologies humaines analysées. Ce rapport a été contesté en particulier par le HRI [12] qui, tout en reconnaissant qu’il y a trop peu d’essais de qualité suffisante, conteste le mode de recueil des études en prenant l’exemple de celles retenues et analysées dans les infections des voies respiratoires supérieures.
Dans cette analyse brève mais systématique de tous les états cliniques étudiés par le NHRMC, nous avons relevé certes une méthode de qualité mais une sélection parfois contestable des études retenues à partir des analyses faites dans les revues systématiques analysées, et d’autre part des conclusions parfois abruptes issues de généralisations issues des revues systématiques. Il est clair que malgré la bonne volonté des experts du groupe du NHMRC qui ont fait des remarques très justes en particulier sur le manque de puissance des essais, l’absence d’experts de la recherche clinique en homéopathie n’a pas permis d’analyse contradictoire des résultats, ce qui favorise toujours une synthèse plus équilibrée.
Ce rapport qui analyse un grand nombre d’essais permet cependant de faire des propositions. Celles-ci ne concerneront ici que la communauté médicale homéopathique, les laboratoires ayant la possibilité d’organiser des essais contrôlés contre placebo ou traitement de référence avec leurs spécialités.
La communauté médicale homéopathique se pose plusieurs questions. La première est de savoir si les essais cliniques contrôlés sont adaptés à l’évaluation de cette thérapeutique, principalement, mais non exclusivement individualisée. La réponse, à notre avis, ne peut être univoque et dépend des situations cliniques. Nous répondrons positivement par exemple dans la rhinite allergique, alors que dans l’asthme et l’eczéma, maladies plurifactorielles complexes, la nécessité d’études préalables est nécessaire.
La seconde question est celle de la possibilité pratique d’organiser de tels essais. Ils ne peuvent être faits actuellement en médecine de ville et doivent être organisés dans des structures hospitalo-universitaires. Ces lieux où l’évaluation clinique de l’homéopathie pourrait être organisée sont rares en France, et c’est peut-être à l’échelle européenne qu’il faut chercher les solutions.
En attendant que des réponses structurées voient le jour, il est possible, à partir de la base de travail fournie par le NHRMC de faire des propositions. De façon très générale, nous dégageons à partir des situations cliniques analysées deux grands types de situation : 

  • des pathologies dans lesquelles des essais cliniques contrôlés de puissance suffisante et avec une méthode respectant l’individualisation thérapeutique peuvent être effectués : c’est le cas par exemple des otites aiguës, des diarrhées infantiles, des infections des voies respiratoires supérieures. Pour l’homéopathie non individualisée qui représente une exception, il est possible d’étudier contre placebo l’effet des traitements standards de la fatigue musculaire consécutive à l’effort ou de l’isothérapie dans la rhinite allergique, la puissance de l’essai restant toujours un facteur critique ; 
  • des pathologies dans lesquelles des études d’observation sont nécessaires : cela peut être le cas du traitement de l’anxiété, de la fibromyalgie, de l’asthme, de l’eczéma, des bouffées de chaleur chez les femmes ayant eu des cancers du sein.

Selon les expériences et les compétences de chacun, des propositions peuvent être faites, que ce soit en pédiatrie, en gynécologie en cancérologie, en médecine du sport et même en cardiologie où aucune situation clinique n’a fait l’objet d’études selon ce rapport australien du NHMRC. Nous sommes conscients de poser un problème pratiquement insoluble à des médecins praticiens qui ont un objectif primordial accaparant toutes leur forces, le soin de leurs patients. Mais la demande de la population nécessitera de trouver des lieux et des moyens pour la réalisation d’essais cliniques adaptés à l’homéopathie. C’est le seul moyen de donner dans l’avenir des réponses à ce rapport qui a su, en structurant les données disponibles, poser de bonnes questions.

Déclaration de liens d’intérêts
L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Références

Laissez un message