De la biomécanique à la manipulation ostéo-articulaire : Rachis cervical

Niveau 1

Anamnèse

Le rachis cervical est une lordose dotée d’une grande mobilité où l’on retrouve nombre de dysfonctions le plus souvent adaptatives à ce qui se passe au rachis dorsal ou sur les sphères masticatrices, oculaires (occulo-céphalo-gyrie) ou encore sur la chaîne pharyngo- pré-vertébrale ou dure-mérienne.
Rappelons que d’un point de vue fonctionnel, nous considérons en ostéopathie que le rachis cervical s’étend jusqu’en T3/T4 (insertions des muscles long du cou). Ce livre étant rédigé dans un but d’apprentissage des manipulations ostéopathiques articulaires vertébrales nous respecterons la logique biomécanique classique des différents chapitres.
Certains signes peuvent nous indiquer des dysfonctions cervicales importantes à prendre en considération :
• traumatisme direct : coup du lapin, accident de la voie publique, etc. ;
• pseudo-vertiges ou sensations d’instabilité ;
• céphalées postérieures, névralgie d’Arnold ;
• cervicalgies ;
• torticolis ;
• névralgies cervico-brachiales et pseudo-névralgies cervico-brachiales (« irradiations » dans le bras) ;
• troubles posturaux du triangle supérieur : port de tête antérieur, etc. ;
• myalgies des trapèzes, dorsalgie inter-scapulaire en lien avec un trouble postural cervical.

Observation

On réalise l’observation classique en position debout en insistant sur certains points.

Plan frontal
• Ligne des oreilles ;
• Ligne des yeux ;
• Ligne des épaules. On peut en déduire une éventuelle inclinaison de tête ; la palpation nous permettra ensuite de noter les contractures musculaires associées (trapèzes, SCOM, scalènes, etc.).
• Alignement de la protubérance occipitale externe et des épineuses des vertèbres thoraciques supérieures : attention aux variations morphologiques.
• Orientation du menton. On peut en déduire une éventuelle attitude en rotation de tête ou suspecter une scoliose cervicale.

Plan sagittal
• Ligne de gravité (port de tête antérieur, etc.).
• Noter une éventuelle « cassure » cervico-dorsale.

Tests dynamiques

Test de flexion-extension (figures 3.16 à 3.18)


• Position du patient : debout, pieds légèrement écartés ou assis.
• Position du praticien : sur le côté ou derrière le patient.
• Réalisation du test : le patient effectue une flexion (figure 3.17) puis une extension cervicale (figure 3.18).
• Interprétation :

– évaluer le degré de flexion et d’extension cervicale ainsi que la qualité du mouvement (aisance à réaliser le mouvement, compensations douloureuses en inclinaison ou rotation) ;
– noter la distance menton-sternum pour la flexion et la distance occiput-thoraciques supérieures pour l’extension.

Test des inclinaisons (figures 3.16, 3.19 et 3.20)
• Position du patient : debout, pieds légèrement écartés ou assis.
• Position du praticien : dos au patient.
• Réalisation du test : le patient effectue une inclinaison droite (figure 3.19) puis gauche (figure 3.20) de tête.
• Interprétation : évaluer l’amplitude des inclinaisons : distance oreille-épaule homolatérale ainsi que la qualité du mouvement (aisance à réaliser le mouvement, compensations douloureuses en flexion-extension ou rotation).

Test des rotations (figures 3.16, 3.21 et 3.22)
• Position du patient : debout, pieds légèrement écartés ou assis.
• Position du praticien : dos au patient.
• Réalisation du test : le patient effectue une rotation droite (figure 3.21) puis gauche (figure 3.22) de tête.
• Interprétation : évaluer l’amplitude des rotations : noter la distance menton-épaule homolatérale ainsi que la qualité du mouvement (aisance à réaliser le mouvement, compensations douloureuses en flexion-extension ou inclinaison).

Tests passifs

Dans ce 1er niveau, nous apprenons à l’étudiant que le diagnostic en leviers combinés se détermine qu’après les tests passifs. Dans un but pédagogique, pour préparer l’étudiant à évoluer vers des techniques plus précises et plus efficaces avec plusieurs paramètres correcteurs, nous faisons d’emblée le choix de poser un diagnostic de dysfonction dans les trois plans de l’espace selon les paramètres de flexion-extension, inclinaisons droite et gauche, rotations droite et gauche.

Tests en position assise du rachis cervical inférieur

Les tests du rachis cervical sont plus difficiles à réaliser en position assise mais ils sont nécessaires pour évaluer sa mobilité en charge, et la comparer avec celle en décharge. Cela nous renseigne sur l’aspect positionnel et sur l’aspect adaptatif des restrictions de mobilité. En effet, si la dysfonction est différente entre la position assise et la position couchée, alors il s’agit certainement d’une dysfonction secondaire de compensation qui ne sera pas nécessairement manipulée dans le cadre d’un traitement ostéopathique.

Tests d’extension et de flexion [35]

Test d’extension
• Position du patient : assis.
• Position du praticien :
– debout derrière le patient ;
– deux doigts (index et majeur ou index et annulaire (figure 3.23) ou pouce et index (figure 3.24)) de la main caudale au contact des processus articulaires de la vertèbre testée (partie postérieure) ou un doigt entre deux processus épineux (figure 3.25);
– main céphalique sur le vertex.
• Réalisation du test :
– niveau à tester en flexion-extension neutre ;
– extension par la main céphalique accompagnée par une poussée en avant de la main caudale.


• Interprétation : le test est positif si la main caudale ne peut accompagner le mouvement vers l’avant de la vertèbre.

Test de flexion
• Position du patient : assis.
• Position du praticien :
– debout derrière le patient ;
– deux doigts (index et majeur ou index et annulaire ou pouce et index) de la main caudale au contact des processus articulaires de la vertèbre testée (partie postérieure) ou un doigt dans l’espace interépineux (figure 3.23) ;
– main céphalique sur le vertex.

• Réalisation du test :
– niveau à tester en flexion-extension neutre ;
– flexion réalisée par la main céphalique (figures 3.26 et 3.27).
• Interprétation : le test est positif si la main caudale n’est pas repoussée vers l’arrière ou si elle ne sent pas une « ouverture » de l’espace interépineux.

Tests des inclinaisons (figure 3.28)
• Position du patient : assis.
• Position du praticien :
– debout, derrière le patient ;
– index et majeur (ou pouce et index) de la main caudale au contact des processus articulaires ou de part et d’autre des processus épineux de la vertèbre testée (partie postérolatérale) (figure 3.28) ;
– main céphalique sur le vertex.
• Réalisation du test :
– rachis cervical en position neutre de flexionextension ;
– main céphalique : mouvement d’inclinaison accompagné par une poussée en « translation controlatérale » de la main caudale, par le pouce ou l’index.
• Interprétation : le test est positif si la main caudale ne peut accompagner le mouvement vers la « translation » de la vertèbre.

Tests en décubitus dorsal du rachis cervical inférieur

Seules les dysfonctions décelées en position assise seront testées. En effet, en position de décubitus les contraintes étant moindres, nous trouverons moins de dysfonctions. Dans le cas où les tests en position assise seraient trop difficiles voire impossibles à effectuer (patient qui ne se relâche pas, contractures trop importantes, douleurs n’autorisant pas la mobilisation, etc.), nous réalisons alors un test d’inclinaison. Ce test nous permet de déterminer le ou les niveaux dysfonctionnels. Ainsi, les tests passifs en décubitus ne seront réalisés que sur les niveaux dysfonctionnels.

Tests des rotations (figure 3.29)

• Position du patient : assis.
• Position du praticien :
– debout derrière le patient ;
– pouce et index de la main caudale de part et d’autre de l’épineuse de la vertèbre testée ;
– main céphalique sur le vertex.
• Réalisation du test :
– niveau à tester en flexion-extension neutre ;
– puis mouvement de rotation droite puis gauche (main céphalique) accompagné par une poussée en « translation controlatérale » sur le processus épineux.
• Interprétation : le test est positif si la main caudale ne peut accompagner le mouvement vers la rotation de la vertèbre.

Tests en décubitus dorsal du rachis cervical inférieur

Seules les dysfonctions décelées en position assise seront testées. En effet, en position de décubitus les contraintes étant moindres, nous trouverons moins de dysfonctions. Dans le cas où les tests en position assise seraient trop difficiles voire impossibles à effectuer (patient qui ne se relâche pas, contractures trop importantes, douleurs n’autorisant pas la mobilisation, etc.), nous réalisons alors un test d’inclinaison. Ce test nous permet de déterminer le ou les niveaux dysfonctionnels. Ainsi, les tests passifs en décubitus ne seront réalisés que sur les niveaux dysfonctionnels.

Tests des inclinaisons (figure 3.30)

• position du patient : en décubitus dorsal, tête sur un coussin mettant le rachis cervical dans une position neutre de flexion-extension.
• position du praticien : assis à la tête du sujet, index et majeur de chaque main sur les processus articulaires (partie postérolatérale).
• Réalisation du test en inclinaison droite :
– par la main droite, entraîner le processus articulaire droit de la vertèbre testée vers la « translation » gauche créant une inclinaison droite ;
– la main gauche accompagne le mouvement.
• Interprétation : le test est dit « positif » lorsque le praticien ressent une difficulté à entraîner le mouvement : « butée » dans la main droite.

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Sébastien Cambier
Ostéopathe DO
Enseignant en anatomie et ostéopathie ostéo-articulaire
Institut des hautes études ostéopathiques (IdHEO) de Nantes

Philippe Bihouix
Ostéopathe DO
Enseignant en ostéopathie ostéo-articulaire pendant 12 ans et ancien responsable pédagogique
Institut des hautes études ostéopathiques (IdHEO) de Nantes

Vous venez de lire un extrait du chapitre 3 sur le rachis cervical de l’ouvrage De la biomécanique à la manipulation ostéo-articulaire. Thorax et rachis cervical

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Auteur(s): Sébastien Cambier, Philippe Bihouix

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