Ordonnance Alzheimer, cherchez l’erreur

Les modalités d’analyse pharmacologique d’une ordonnance sont importantes et exposées dans la nouvelle édition du Vademecum indispensable à la délivrance des médicaments : Pharmacologie à l’officine.
Les rédacteurs ont souhaité conclure cet ouvrage par une dizaine d’ordonnances soumises à la sagacité des lecteurs, avec « un corrigé ». En voici un exemple :

 

Cette ordonnance s’adresse à un patient atteint de démence de type Alzheimer (1 : donépézil ), dépressif (2 : clomipramine ), anxieux et/ou insomniaque
(3 : hydroxyzine ) ayant une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) (4 : finastéride ).

Aricept®

Le donépézil est un inhibiteur de la cholinestérase . Il intensifie la transmission cholinergique qui s’exerce sur les récepteurs muscariniques du cortex (aire de projection des neurones cholinergiques, originaires du noyau basal de Meynert) et de l’hippocampe (aire de projection des neurones cholinergiques originaires du septum). Pour pallier la raréfaction de ces neurones (qui a pour effet de diminuer la libération d’acétylcholine), l’inhibition thérapeutique de la cholinestérase vise à prolonger la survie du médiateur et, partant, d’accroître sa concentration synaptique et la stimulation des récepteurs muscariniques.
Cela n’est possible que si des médicaments associés ne viennent bloquer ces récepteurs, comme le feront l’Anafranil® et l’Atarax®.

Anafranil®

La clomipramine est un antidépresseur tricyclique , inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ancêtre des IRSS). Il a, péché commun à tous les tricycliques, une forte activité anticholinergique muscarinique centrale, puisqu’il s’agit d’un psychotrope, et périphérique.

Atarax®

L’hydroxyzine est un antihistaminique H 1 franchissant la barrière hématoencéphalique, exerçant une nette activité anticholinergique muscarinique , qui contreviendra à l’efficacité du donépézil, au point même d’aggraver les troubles alzheimériens.

Chibro-Proscar®

Le finastéride est un inhibiteur de la 5 α -réductase , l’enzyme qui transforme la testostérone en sa forme active sur la prostate, la dihydroxytestostérone, ce qui réduira l’hypertrophie de la glande et facilitera la miction, en diminuant la pression prostatique sur le canal uréthral. Pour que la miction soit efficace, il faut que le muscle vésical, le détrusor, puisse se contracter, ce qui dépend de la stimulation cholinergique de ses récepteurs muscariniques. Si ceux-ci sont bloqués par l’hydroxyzine et la clomipramine, la rétention d’urine menace.

Cette ordonnance ne peut être délivrée !

© 2017, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Extrait de la deuxième édition de l’ouvrage Pharmacologie à l’officine de Patrick Poucheret et Jean Costentin

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Auteur(s): Patrick Poucheret, Jean Costentin

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