Concours IFSI S’entraîner à l’épreuve de culture générale

Sujet 1 – Concours IFSI Bourgogne-Franche-Comté (2016)

Quand l’urgence dévore le temps de vivre

[…] Un nouveau seuil vient d’être franchi sur la pente du « toujours connecté ». Certaines compagnies aériennes envisagent maintenant d’autoriser le téléphone en vol, tandis que d’autres, notamment asiatiques, ont déjà équipé une partie de leur flotte d’une technologie dite « on air », qui permet de surfer sur internet à 10 000 mètres d’altitude. Car, aux yeux des responsables d’Air France, d’Emirates ou de Singapore Airlines, la possibilité de rester connecté en vol pour répondre à l’urgence de la communication professionnelle est devenue un argument commercial décisif.

Claude Posternak, président de La Matrice, une agence de conseil et d’analyse de l’opinion, s’est inquiété publiquement d’une telle évolution : « Désormais, même pendant les huit heures d’avion, la personne à bord sera une personne productive. Une tendance extrêmement dangereuse pour la vie sociale, la vie privée, la vie affective et familiale. » Son inquiétude pourrait d’ailleurs s’étendre bien au-delà de l’espace aérien.

Selon le tout dernier baromètre « Les Français et le numérique » de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), réalisé en mars 2014 par le sondeur TNS SOFRES1, la mutation de notre espèce vers l’homo numericus (l’homme numérique) est massivement engagée. En effet, aujourd’hui, 34 % des Français interrogés (48 % des moins de 35 ans) considèrent que « les outils numériques leur sont devenus indispensables dans leur vie de tous les jours ». Ils disent aussi se sentir « passionnés et dépendants » des nouvelles technologies, exprimant par cette formule ambiguë une méfiance vis-à-vis des effets de celles-ci sur le contrôle de leur propre vie.

Maîtriser sa vie et même trouver encore du sens à celle-ci : c’est devenu le Graal de l’homo numericus. Rémy Oudghiri, auteur de Déconnectez-vous ! (Arléa, Paris, 2013), recommande ainsi de se « débrancher » plus souvent des appareils électroniques et, surtout, de « ralentir le rythme », afin de « reprendre le contrôle de [notre] vie ». Déjà, en 1998, Francis Jauréguiberry, chercheur et professeur de sociologie à l’université de Pau, analysait finement le « tourbillon du zappeur », c’est-à-dire cette façon de « mener sa vie selon une pure logique de gain et de vitesse ».

Le sociologue avait dès lors clairement défini les deux termes du « dialogue » intérieur qui taraude de plus en plus de personnes en voie de mutation vers l’homo numericus_: « L’expérience du branché dans sa gestion du temps est le produit d’une sorte de dialogue tendu entre […], d’un côté, la logique d’urgence qui est celle de la mise en synchronie du gain et de la vitesse et, de l’autre, la logique critique qui est celle de l’aménagement d’un temps à soi, de prise de respirations temporelles individuelles relevant de l’unique, de l’incomparable et du non-quantifiable. »

Il se faisait alors philosophe, défendant l’idée que « face à l’entrée massive de notre société dans la culture de l’immédiat, de l’impulsion et de l’urgence généralisée, il est des moments qui résistent à l’accélération, des durées qui ne sauraient être brusquées ».

Depuis la publication de ces sages paroles, il n’est pas certain que la « logique d’urgence » ait été maîtrisée par l’humanité […]

En France, Christophe Bouton, professeur de philosophie à l’université de Bordeaux, renvoie dos à dos, en empruntant les formules à Montaigne, l’« oisiveté croupie » (inactivité sociale) et l’« embesognement épineux et pénible » (l’urgence comme facteur de productivité). Il préconise de « vivre à propos », c’est-à-dire de « trouver pour chaque situation le temps juste, le bon tempo » qui n’est pas forcément « le temps lent ».

Mais le jeune philosophe n’est pas dupe des temps actuels […] Il pense que nous sommes dans « une époque marquée par les offensives d’un capitalisme pur et dur » et que « tant que la course à la productivité ne sera pas freinée et contrôlée par des politiques menées aux niveaux national et international, la reconquête de l’autonomie temporelle sera difficile autant que rare »

A.Peillon, « Quand l’urgence dévore le temps de vivre », La Croix, 1er avril 2014.

 

Référence

1 TNS SOFRES : Taylor Nelson, Société française d’enquêtes par sondage.

Question 1 (4 points)

Énoncez, en les reformulant et sans les commenter, les idées principales de ce texte puis déduisez-en la problématique (15 lignes au maximum pour l’ensemble de la réponse).

Question 2 (5 points)

Commentez la partie en caractères gras du texte en exploitant obligatoirement les données chiffrées (15 lignes au maximum).

Question 3 (6 points)

La gestion du temps est une clé importante du bonheur : que pensez-vous de cette affirmation ?

(Votre réponse, de 30 lignes au maximum, doit être rédigée et structurée.)

Technique de langue (5 points) (Orthographe/grammaire : 2 points – syntaxe : 2 points – présentation/respect des consignes : 1 point).

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© 2017, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

auteurs

Marie-Christine DENOYER
Docteur en médecine
Ex-professeur de sciences et techniques médico-sociales
Ex-enseignante en classe préparatoire aux concours IFSI, AS et AP
Ghyslaine BENOIST
Référente pédagogique et formatrice,
Coaching, dans le cadre des concours paramédicaux et sociaux et autres
Membre de Jury

Vous venez de lire un sujet du chapitre 9 Les pathologies dominantes, dans la partie 3  L’épreuve d’admissibilité de culture générale sanitaire et sociale de l’ouvrage Concours Infirmier 2018-2019 Le grand guide Épreuves écrites

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Auteur(s): Marie-Christine Denoyer, Ghyslaine Benoist

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