Les différents sports de montagne et leur pathologie associée

L’activité sportive en montagne revêt des aspects extrêmement divers, depuis les sports de glisse sur neige jusqu’à l’alpinisme, en passant par la randonnée, les sports aériens, la spéléologie et les activités en eau vive. Nous ne traiterons pas ici du ski alpin en station, dont les aspects pathologiques et notamment traumatologiques sont spécifiques.
Les aptitudes physiques et physiologiques visant la performance dans les sports de montagne sont peu spécifiques, à l’inverse d’autres pratiques sportives. Les commissions médicales des fédérations sportives en charge des compétitions n’ont pas les mêmes orientations que les fédérations de loisir, qui prônent la sécurité dans leurs pratiques. Ces dernières sont associées à des pathologies et une traumatologie particulière qui nécessitent souvent une prise en charge spécifique.

Jean-Pierre Herry Médecin du sport, ancien médecin de l’École nationale du ski et de l’alpinisme
Alice Gavet Médecin du sport à l’École nationale du ski et de l’alpinisme

L’accidentologie des sports de montagne

Le Système national d’observation de la sécurité en montagne (SNOSM), créé en 1996, établit un rapport annuel sur l’accidentologie des accidents survenus en montagne.
Le tableau 10.1 renseigne le nombre d’interventions en 2015 pour des accidents de montagne et leur répartition selon les disciplines. Le nombre d’accidents est lié au nombre de pratiquants, beaucoup plus nombreux en randonnée pédestre qu’en alpinisme.
L’accidentologie en montagne a également été abordée par un collectif de chercheurs en vue d’améliorer la prévention et de limiter les risques dans la pratique des différentes activités en montagne [2,3] . Les conclusions seront énumérées par discipline.

 

La randonnée en montagne

La randonnée en montagne est une activité très populaire, qu’il est difficile de recenser. Seule une faible partie est affiliée à l’une des trois fédérations de tutelle, la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM), la Fédération française de randonnée pédestre (FFRP). Les chemins pédestres, ouverts à une foule de marcheurs, ont un parcours généralement simple qui ne justifie ni technique ni équipement particulier. Toutefois, en montagne, ces sentiers peuvent devenir dangereux et exposent le randonneur à des chutes sur un grand dénivelé. La menace est trop souvent écartée ou minimisée, en raison de la brièveté du passage exposé et parce que le sentier est balisé comme chemin « sûr ». Le randonneur, soit par insouciance ou inexpérience, soit à cause de l’impossibilité de contourner la difficulté, se trouve exposé avec ses compagnons à un danger qu’il ne peut maîtriser.
L’accidentologie en randonnée pédestre est marquée par l’âge des personnes blessées ou décédées. Dans le massif du Mont-Blanc, on observe parmi les accidents mortels, une majorité de personnes de plus de 47 ans, ce qui ne veut pas dire que le risque soit plus élevé chez les personnes âgées, car il faudrait rapporter le nombre de décès au nombre de pratiquants dans chaque classe d’âge [4] .

L’escalade

L’expansion considérable qu’a connue l’escalade en blocs et en falaise, puis sur structure artificielle, a fait oublier que cette forme d’escalade gymnique n’est qu’une évolution de la pratique de l’escalade en montagne. L’équipement de nombreux sites en montagne offre des possibilités de grimpe en extérieur, où les difficultés techniques sont majorées par l’altitude, le froid et l’isolement. Au-delà de la puissance musculaire, de la souplesse articulaire et de la technique gestuelle, l’escalade en haute montagne réclame de la part du grimpeur une rigueur dans l’analyse du choix de l’itinéraire, de l’évaluation des risques et de ses capacités. L’escalade demeure marginale dans l’ensemble des interventions du secours en montagne (4 %). Parmi les blessures non mortelles en escalade, les atteintes des membres inférieurs dominent, suivies des pathologies localisées à la tête, à la colonne vertébrale, puis aux membres supérieurs [5] .

L’alpinisme ou course en montagne

Quelles que soient la nature du terrain, la difficulté de la course et la saison, l’alpinisme impose un engagement de l’individu au sens moral, physique et esthétique. Au fi l des années, des modifications importantes sont apparues dans la pratique de l’alpinisme.

L’éclatement des pratiques

L’alpinisme traditionnel s’est scindé en plusieurs pratiques quasi autonomes, de l’escalade purement rocheuse aux courses de neige.

Aujourd’hui, l’alpinisme regroupe des activités aussi diverses que :
• l’escalade hivernale, où le gel offre des conditions de sécurité dans la progression ;
• l’escalade en haute montagne dans des voies équipées et sécurisées, pour lesquelles le sommet semble presque sans importance ;
• l’escalade de hautes falaises, artificielle ou libre ;
• l’escalade rocheuse, artificielle ou libre, dans des voies bien répertoriées.

La baisse des pratiques

L’alpinisme n’attire plus autant d’adeptes que par le passé. Les accidents, trop largement rapportés par la presse, les obligations réglementaires de l’encadrement, l’aléa des conditions météorologiques parmi d’autres éléments peuvent expliquer cette baisse de fréquentation, en partie masquée par la présence de nombreux alpinistes étrangers, notamment dans le massif du Mont-Blanc. Ces évolutions nous incitent à redéfinir la nature de l’alpinisme et de ses composantes et à mieux informer les pratiquants, en particulier sur les risques qu’ils encourent. De nombreuses initiatives vont dans ce sens, qu’elles émanent des fédérations concernées (FFCAM, FFME), des organismes professionnels (Syndicat des guides montagnes, des organismes de secours en montagne (PGHM, CRS) et d’actions locales (PrevRisk Mont-Blanc).

La gestion des risques

La réussite d’une course d’alpinisme résulte de la maîtrise de ses trois composantes principales :
• la difficulté de l’itinéraire : état de la montagne, météo, horaire de jour ou nuit ;
• les capacités des participants : expérience, entraînement, acclimatation, équipement (matériel d’assurage et de progression, vêtements, alimentation…), fatigue, blessure éventuelle ;
• les risques naturels : chutes de pierre ou de glace, coulée de neige, pluie, foudre.

La sécurité du groupe repose sur une attention constante portée à l’environnement et aux participants et sur des options privilégiant la prudence pendant la course. Le rôle du chef de cordée est d’évaluer les conditions de réalisation de l’ascension en fonction de l’évolution de ces différentes composantes et de décider de la conduite à adopter, poursuivre ou renoncer, tout en sachant qu’une fois la course engagée, la retraite n’est pas nécessairement la solution la plus facile. Le choix initial de l’itinéraire est donc particulièrement important. La gestion des risques par la méthode du 3 × 3 est un outil développé par un guide-nivologue suisse, Verner-Munter, ayant pour but d’optimiser la gestion des risques d’une course en montagne [6] . Le principe est de formaliser toutes les questions qu’un alpiniste doit se poser dès lors qu’il projette une ascension. Cette méthode proposée par l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) est un outil décisionnel présenté sous forme d’un tableau ( tableau 10.2 ).
L’accidentologie en alpinisme reste élevée, comme en témoigne le tableau 10.3 .
Les accidents mortels d’alpinisme touchent un public plus jeune qu’en randonnée pédestre. En Suisse, c’est même la tranche des 20-29 ans qui est la plus impactée par les décès en alpinisme [7] .
Une des particularités de l’alpinisme est être classée dans les sports à haut risque. Les nouvelles dispositions du code du sport relatives au certificat médical ont été modifiées par le décret n° 2016-1157 du 24 août 2016.

 

Les fédérations concernées FFME et FFCAM proposent les recommandations suivantes dans le cadre de la visite d’aptitude :

préambule : sur le plan médical, la seule contrainte spécifique à l’alpinisme est l’hypoxie d’altitude au-dessus de 2 500 m ;
recommandation d’examen médical spécifique pour les activités sportives au-dessus de 2500 m :
– examen selon les recommandations de la SFMES,
– recherche d’antécédents et/ou facteurs de risque de pathologies liées à l’hypoxie d’altitude pouvant justifier une consultation spécialisée et/ou de médecine de montagne (voir liste des centres en annexe).

Les expéditions lointaines

Jusque dans les années 70, les expéditions lointaines étaient le fait d’organismes officiels ou d’États. C’était l’époque des grandes premières, visant un sommet élevé, vierge, atteint par l’itinéraire le plus facile. Puis les expéditions se multiplièrent, lourdes par les difficultés d’accès et l’objectif fixé. Depuis les années 80, les expéditions légères « amateurs » et les expéditions « commerciales » se côtoient avec des objectifs et des moyens totalement opposés. Les premières choisissent des itinéraires de plus en plus techniques avec très peu de moyens logistiques et financiers. À l’inverse, les organismes de trekking proposent des expéditions sur des sommets à 8 000 mètres « tout compris » : logistique, intendance, équipement et encadrement.
Le rôle du médecin, dans l’organisation et le déroulement d’une expédition, n’est pas à négliger (voir chapitre 12, « trousse de secours »). Il conseille et aide à la réalisation de la pharmacie de voyage. Le médecin peut être joint à tout moment grâce aux communications par téléphone satellite. Les expéditions utilisent également la télémédecine, mise en place initialement dans les courses au large, pour recevoir un avis médical. Le plus souvent, un médecin qui participe à une expédition (ou un trekking) en temps que client, n’est pas dégagé de la responsabilité de la prise en charge des pathologies touchant l’un des membres du groupe. Cette obligation de soins se fera parfois aux dépens de l’ascension du sommet. Si le médecin est investi de la responsabilité médicale du groupe, il devra s’assurer préalablement de l’état de santé de tous les membres de l’expédition, veiller à leur sécurité et dispenser les soins en cas de maladies ou d’accidents (voir « Droit et responsabilité médicale », chapitre 12). La mortalité lors de l’ascension de l’Everest est variable selon les années ( tableau 10.4 ). Elle est nettement plus importante lors de la descente quand le grimpeur n’utilise pas d’oxygène supplémentaire (8 % vs 2,5 % avec oxygène). Elle est encore plus élevée pour l’ascension du K2 (15 % de mortalité sans oxygène) [8] . Des symptômes d’œdème cérébral (ataxie), une fatigue extrême et une arrivée tardive au sommet sont des facteurs souvent associés à une issue fatale lors de la descente [9] .

La randonnée lointaine ou trekking

Cette activité s’est considérablement développée. Au Népal, le nombre de touristes a doublé entre 2003 et 2013, passant à 800 000, dont au moins 13 % de trekkeurs. Les prestations offertes par les compagnies de trekkings sont de qualité, les transports sont grandement facilités par des vols plus fréquents et moins chers. Le trekking est devenu une activité à faible risque, comme en témoignent les statistiques de l’Himalayan Rescue Association [11] : entre 1984 et 1991, la mortalité annuelle était de 15 décès pour 100 000 randonneurs. Sur les 40 décès recensés, 14 étaient dus à des maladies, 12 à des traumatismes et 10 à des maladies liées à l’altitude. Entre 1984 et 1987, 111 évacuations en hélicoptère ont été recensées, soit 75/100 000. La moyenne d’âge des personnes secourues était de 50 ans, 34 % ont été évacuées pour des maladies de haute altitude, 26 % pour des traumatismes. Il est à noter que la majorité des évacuations par hélicoptère sont le fait de randonneurs ne faisant pas partie de trekkings organisés. À l’automne 2007, sur 751 patients qui ont consulté les deux postes principaux de secours (Manang et Pheriche), 20 % l’ont fait pour des problèmes liés à l’altitude et 28 ont nécessité une évacuation héliportée [12] . Les pratiquants du trekking semblent également mieux informés maintenant des risques dus à la haute altitude, en particulier par la diffusion de brochures d’information [13 et annexes].
Les agences de trekking incitent les « clients » à s’inscrire à une visite préalable dans le cadre d’une consultation de médecine de montagne. En cas de problèmes survenus sur le terrain, ils pourront bénéficier d’une consultation à distance par des médecins spécialisés en médecine de montagne.

Les activités sportives en montagne en milieu hivernal

L’augmentation du temps libre, l’attrait des sports de glisse accroît la fréquentation de la montagne en hiver. Contrairement aux accidents estivaux, peu d’études recensent les accidents d’hiver où la plupart sont liés à la pratique du ski sur piste. On note une grande variabilité du nombre d’accidents en fonction de l’enneigement et du type de pratique sportive. En milieu hivernal, le risque d’avalanche persiste et les accidents, souvent mortels, sont fréquents. Entre le 1er octobre 2015 et le 30 septembre 2016, l’Anena, a recensé 45 accidents d’avalanche impliquant au moins une personne emportée [14] . Parmi ces accidents, 12 ont eu des conséquences mortelles, ayant causé 21 décès répartis en 6 décès en ski hors-piste, 11 décès en ski de randonnée, 4 décès en alpinisme et aucun en raquettes.

Le ski-alpinisme

Encore appelé ski de randonnée, le ski alpinisme est un sport de pleine nature qui consiste à parcourir à ski des itinéraires en montagne. Le nombre de pratiquants en France est évalué entre 55 000 et 85 000, assidus ou occasionnels. Il regroupe de multiples pratiques comme le raid à skis (plusieurs jours), le ski de printemps (sortie à la journée), le ski alpinisme (compétition) et le ski extrême (ski de couloir). En réunissant deux activités différentes, la montée et la descente, deux types d’effort, l’endurance et la puissance, le ski-alpinisme est une activité complète, nécessitant un long apprentissage technique et l’expérience de la montagne hivernale.
Le ski-alpinisme se pratique sous diverses formes, de la course à la journée, avec un équipement léger et performant, au raid de plusieurs jours, où le poids du matériel transporté est un véritable handicap pour la pratique du ski.
Le ski-alpinisme est l’une des activités les plus dangereuses en montagne.
Les principaux risques sont :
• traumatisme du genou, conséquence d’un matériel de descente performant, à l’image des traumatismes du ski alpin ;
• polytraumatisme à la suite d’un dévissage sur pente raide ;
• pathologie de l’ensevelissement sous la neige.

De 1990 à 1997, Saragaglia et al. (1999) ont analysé 118 lésions consécutives à la pratique du ski de randonnée, excluant les cas particulièrement graves (traumatismes crâniens, rachidiens, thoraco-abdominaux [15] . Les circonstances accidentelles et les lésions constatées étaient alors voisines de celles du ski alpin : membres inférieurs touchés dans 70 % des cas, prédominance des entorses sur les fractures et luxations, etc. Quelques spécificités doivent être soulignées, en gardant à l’esprit l’étroitesse de ce panel :
• le taux de collision avec des arbres et rochers (25 % des cas,) est plus élevé que sur piste, mais les traumatismes à grande vitesse et haute énergie sont moins fréquents ;
• il y a moins de fractures du fémur en ski de randonnée (1,7 % des lésions) qu’en ski alpin (5 %) ;
• l’entorse du genou est encore plus spécifique au ski de randonnée (42,4 % des cas) qu’au ski de piste (32,5 %) ; elle est plus grave, y compris pour les cas de rupture du ligament croisé antérieur ;
• la lésion du cou-de-pied est la 2e lésion du skieur de randonnée (chaussures plus souples, desserrées, avec moins bonne tenue de la cheville) : 14 % contre 4,6 % chez les skieurs alpins ;
• l’épaule est la 1re zone de lésion des membres supérieurs, aucune lésion du coude ou de l’avant-bras n’ayant à l’inverse été observée. De nombreux professionnels de la montagne ont perdu la vie au cours de raids en ski de montagne. La pratique du ski-alpinisme expose fréquemment au danger des avalanches. Les causes de décès en avalanche sont multiples (voir figure 8.3 ) :
• les traumatismes, dus à l’avalanche elle-même, au choc contre des blocs rocheux ou des arbres, ou encore à des sauts de barres rocheuses ;
• l’asphyxie, par obstruction des voies respiratoires par la neige, créant un véritable bouchon hermétique, par épuisement de la réserve d’air autour du visage et impossibilité mécanique de ventiler ;
• l’hypothermie, refroidissement relativement lent, qui s’accentue au moment de l’extraction de la victime ensevelie.

La cascade de glace

Évolution des ascensions en couloir en montagne ou en goulotte, la cascade de glace fait partie intégrante de l’alpinisme hivernal, préparation technique aux grandes courses glaciaires ou terrain de jeu à proximité des stations de ski. Progresser en sécurité en cascade de glace impose de bons ancrages de piolets et crampons et des relais sur plusieurs broches, doublées d’amortisseurs de choc. Les accidents les plus graves sont causés par les chutes de glace (parfois provoquées par une cordée évoluant en amont), les avalanches de neige et de glace. On retiendra la fréquence des traumatismes crâniens malgré le port du casque, les entorses et fractures de chevilles suite à une réception brutale, crampons aux pieds.

Les autres pratiques sportives en montagne

L’engouement du public pour la pratique des sports de pleine nature (« tourisme vert ») traduit un désir de retour à des valeurs sportives authentiques, symbolisées par un engagement personnel et le contact avec le milieu naturel. L’attrait pour ces nouveaux sports d’« aventure » engendre aujourd’hui des pathologies spécifiques à chaque activité, ce qui tend également à modifier les techniques et les habitudes des équipes de secours.

La pratique du vélo tout-terrain (VTT) en montagne

Avec 811 interventions dont 324 héliportées (statistiques SNOSM année 2015, voir tableau 13.1 ), le VTT est aujourd’hui l’activité qui vient immédiatement après la randonnée et bien avant l’alpinisme en termes de « demande » de secours. La plupart des accidents surviennent à la descente, provoquant des traumatismes des membres supérieurs (3 traumatismes sur 4) et de la tête (crâne et face). Le port du casque et d’un équipement protecteur des membres et de la colonne est pleinement justifi é pour la pratique de la descente. Les personnes concernées par la demande de secours sont en grande majorité évacuées sous le statut de « blessé ».
En France, des initiatives sont prises en matière de prévention par la Fédération française de cyclisme et les « moniteurs cyclistes français ». Le balisage des itinéraires, identifiés par ordre de difficulté – y compris en montagne – et la publication des règles de bonne conduite sous la forme de « code du vététiste », sont des exemples en la matière.

Le canyonisme

Le canyonisme, ou descente de canyon, est une pratique qui consiste à descendre le lit d’une rivière encaissée. Elle fait appel à différentes disciplines comme l’escalade avec évolution sur corde, la spéléologie, la natation en eau vive, le saut et la marche en terrain accidenté. Cette activité ludique et gratifiante par l’ambiance, l’engagement et la beauté des paysages n’en reste pas moins un sport en terrain d’aventure et de découverte où le risque est omniprésent. Elle peut engendrer des pathologies sévères, souvent liées à une méconnaissance du milieu et des techniques de progression [16, 17] .
La préparation requiert une bonne connaissance des techniques de descente, de nage en eau vive, de l’hydrologie locale et des conditions météorologiques. L’équipement individuel comprend des vêtements isothermes, un casque, des chaussures polyvalentes protégeant la cheville, un cuissard avec double longe et un descendeur.
L’équipement collectif, outre les instruments de progression et de sécurité, doit comprendre un bidon hermétique contenant du matériel d’équipement de falaise ainsi que du matériel de secours et de soins. Le contenu de la trousse de secours est essentiellement adapté à la traumatologie. Les moyens d’immobilisation sont rudimentaires. [18]

Les principales causes d’accident sont :
• le manque de technique dans les sauts et les rappels ;
• les négligences dans les mesures de sécurité et de préparation de la sortie ;
• les noyades dans les courants ;
• la mauvaise condition physique ;
• l’équipement mal adapté.

Les noyades sont dues à des fautes techniques, des blocages sur corde, à l’épuisement et, bien sûr, à des crues provoquées par des lâchés de barrage intempestifs ou des orages. En 2005, 99 personnes ont été secourues. Consécutifs à des « toboggans » ou sur des cascades, les sauts sont à l’origine de la majorité des traumatismes. Ils pourraient être évités en respectant quelques mesures simples de prévention : on ne saute pas dans une vasque sans en avoir sondé le fond ! Tout saut supérieur à 8 mètres est un geste technique.

Les lésions les plus fréquentes sont :
• des traumatismes des membres inférieurs (chevilles) ;
• des luxations de l’épaule ;
• des traumatismes crâniens et rachidiens.

L’hypothermie est limitée par l’emploi des combinaisons isothermes. Associée à la fatigue, elle engendre des troubles de la vigilance et de la motricité à l’origine de certains accidents. Les hypothermies les plus sévères sont la conséquence d’un accident primaire ayant empêché la poursuite de la progression de la victime. Il ne faut jamais retirer la combinaison d’un blessé. L’immobilisation d’un membre est tout à fait possible par-dessus la combinaison. Dans l’impossibilité de poursuivre la progression, la victime doit être placée dans un endroit le plus sec possible. Comme dans toute activité de plein air, chaque personne doit porter sur elle une couverture de survie. Chaque groupe doit posséder de quoi préparer des boissons chaudes et une réserve de nourriture.

La particularité des secours en canyon réside dans la spécificité des techniques de sauvetage et des moyens mis en œuvre. Compte tenu des problèmes de transmission de l’alerte, du délai pour atteindre le lieu de l’accident et de la durée importante des évacuations, la médicalisation du blessé est indispensable.

La course pédestre en montagne

Développée sous l’égide de la Fédération française d’athlétisme, la course pédestre en montagne attire de plus ne plus de coureurs à pied, dans des épreuves de longue distance. Course de masse, elle nécessite une organisation minutieuse des secours afin d’intervenir rapidement et partout. Les mauvaises conditions atmosphériques augmentent considérablement les risques de blessures et de refroidissement aux points de ravitaillement.
Le trail, course de longue distance, s’est approprié la moyenne montagne.
L’« Ultratrail du tour du Mont-Blanc » (UTMB) est l’exemple le plus démonstratif de cet engouement populaire. Sur le parcours classique du tour du Mont-Blanc empruntant les sentiers sur les territoires français, italien et suisse, la course avale en une seule étape les 170 km et les 10 000 m de dénivelé positif. La durée de la course s’étale de 20 heures pour le vainqueur à 40 heures, temps limite pour être classé. L’UTMB attire un nombre sans cesse croissant de participants. De 722 participants en 2003, 2 300 coureurs parmi les 8 000 inscrits ont été retenus pour l’édition de 2016. La moyenne d’âge des concurrents est de 45 ans, le doyen qui finit l’épreuve est âgé de 82 ans. La plupart des abandons font suite à la fatigue ou des problèmes musculaires et articulaires. Les problèmes médicaux rencontrés sont plus rares, soit liés à une pathologie existante, soit apparaissant en fi n de course.
La rhabdomyolyse apparaît au bout de plusieurs heures de course, chez des sujets non préparés à courir notamment en descente [19] . Les douleurs musculaires, la fatigue générale retardent le coureur, les urines sombres doivent l’alerter et l’inciter à consulter. L’oligurie puis l’anurie s’installent, accompagnant un tableau d’asthénie intense. Les facteurs cumulés d’exercices prolongés en ambiance chaude, de déshydratation, de prise d’AINS, sont la cause de cet état de rabdomyolyse. Le bilan biologique, notamment le taux très élevé de CPK confirme le diagnostic.
Une commission médicale (santé et sécurité) s’est fixé plusieurs objectifs :
• elle suscite des projets de recherche sur les conséquences d’un exercice prolongé et diffuse des conseils sur la préparation et le déroulement de la course. Des études se sont penchées sur les problèmes cardio-vasculaires, les pathologies rencontrées, les causes d’abandon, les problèmes digestifs, la gestion du sommeil, les profils addictifs, l’automédication [20, 21] ;
• un conseil médical interne à l’organisation mène une action de prévention en matière de santé. Cette action, créée en 2009, complémentaire à la réglementation de lutte contre le dopage, renforce la surveillance médicale des coureurs et participe à la prévention des accidents. En s’inscrivant à l’UTMB, chaque coureur s’engage a créer un espace personnel de santé où il pourra saisir des informations relatives à sa santé, à la prise de médicaments ; de plus, chaque inscrit accepte des prélèvements urinaires, sanguins, voire capillaires, et s’engage à participer à un entretien avec le conseil médical pour préciser certaines informations ;
• elle organise et participe étroitement a l’organisation de la sécurité en installant des postes médicaux aux principaux ravitaillements, à l’arrivée et en mettant en œuvre des moyens d’intervention rapide sur l’itinéraire.

La spéléologie

Cette activité souterraine se pratique généralement en groupe, au sein de structures associatives ayant un encadrement de bonne qualité. Néanmoins, l’isolement, les difficultés de progression, l’humidité et le froid concourent à aggraver les accidents les plus bénins. Les problèmes liés à l’hypothermie et l’épuisement doivent être omniprésents dans l’esprit des pratiquants et des équipes de secours.
Les efforts les plus importants sont à la remontée, après de nombreuses heures déjà passées sous terre et sont entrecoupés par de longues périodes d’arrêt (attente au bas des puits entre le passage de chaque équipier). Favorisé par la sudation dans des combinaisons imperméables et par l’humidité ambiante, le refroidissement est très rapide. Dans ce contexte, il est essentiel d’avoir sur soi vêtements secs, boissons chaudes et nourriture.
Après un accident, les délais d’alerte sont particulièrement longs, les premières équipes de secours arrivent en moyenne 12 heures après l’accident. L’importance des moyens d’évacuation à mettre en œuvre (équipement des puits, élargissements des étroitures, mise en place de téléphone, transport du matériel…) explique que la durée moyenne d’un secours se situe entre 36 et 48 heures, avec un personnel pouvant dépasser plus de 200 personnes pour un même secours.
Ces facteurs ont des conséquences sur l’auto-aggravation des lésions et sur la manière dont les victimes doivent être prises en charge. Le principe général de l’évacuation doit reposer sur l’élaboration de « points chauds », qui consistent à mettre en place, tout au long de la remontée de la victime, des abris de fortune, isolés du milieu ambiant. Ces points chauds permettent de réchauffer la victime, de l’alimenter et de continuer les soins initialement mis en œuvre.

Le vol libre

Le vol libre est une activité de pleine nature qui regroupe le parapente, le deltaplane et la cage de pilotage (très peu répandue). Ce sont des planeurs ultralégers qui n’utilisent pas de moteur et dont la pratique, initialement concentrée dans les zones montagneuses, s’est progressivement exportée vers les plaines. Pour le ministère chargé des Sports, le vol libre entre dans la catégorie des sports dits « en environnement spécifique » et nécessite à ce titre un suivi particulier des pouvoirs publics, notamment en termes de formation professionnelle.
L’attrait du vol en montagne concerne surtout le parapente de par sa facilité de transport et de mise en œuvre. Cette activité qui évoque la liberté de voler nécessite cependant de bonnes connaissances techniques, aérologiques et météorologiques pour limiter au maximum les accidents.
Les avancées technologiques dans la conception des ailes, avec une déclinaison de normes et de classes de voiles adaptées au niveau du pilote et l’apprentissage en école ont significativement réduit le nombre d’accidents par rapport aux années 80 pour tendre actuellement vers les statistiques du VTT, de l’alpinisme ou du motocross. Ainsi, la prévalence des accidents pour le vol libre est de 1,68 % et celle des décès de 0,033 % [22].

Les contraintes liées à la pratique du parapente

• Environnementales :

– altitude : hypoxie, froid, luminosité,
– aérologie et pilotage : vent relatif, turbulence,
– obstacles et reliefs.

• Physiques :

– position dans la sellette et pilotage : suspension + /- passive, mouvements pendulaires,
– la vitesse et force centrifuge.

• Psychologiques : stress, déni de risque, prises de toxiques.

L’ hypoxie est une contrainte peu rencontrée en parapente. En effet, les plafonds supérieurs à 4 000 m en France sont plutôt rares et réservés à une élite entraînée. L’exposition est le plus souvent de courte durée (inférieur à 4 heures) et l’effort physique y est limité. Le vol en très haute altitude est une pratique encore peu développée ; on peut toutefois noter la superbe performance du parapentiste français Antoine Girard qui a effectué 1 260 km de vol bivouac en solitaire au Pakistan en 19 jours avec un record d’altitude à 8 157 m en survolant le sommet du Broad Peak (8 051 m).
Les effets du froid sont majorés par « l’effet vent » (convection) lié au déplacement du parapente dans la masse d’air. Les vitesses de vol varient de 25 à 65 km/h. Les acrocyanoses posent un problème spécifique évident du fait de la position des mains en chandelier.
La variation de vitesse en rotation est retrouvée dans deux situations principales : les 360° et les autorotations avec fermeture d’une demi-aile. La position du pilote dans la sellette associée à ces vitesses de rotation aggrave les troubles cognitifs liés à l’hypoperfusion cérébrale.

En pratique :
• 1 G : sensation de son propre poids. Sur terre et au repos, nous subissons 1 G en permanence ;
• 2 G : lourdeur de la tête et des membres. Le poids apparent correspond à 2 fois le poids du pilote ;
• 3 G : extrême lourdeur, premiers signes oculaires et viscosité mentale ;
• 4 G : perte de la vision périphérique (car zone moins vascularisée) = voile gris, troubles de la coordination, baisse de la réactivité, euphorie, amnésie ;
• 5 G : perte de la vision = voile noir mais sans perte de connaissance ;
• 5,5 G : perte de connaissance.
Le maximum enregistré en parapente est de 8,4 G en biplace.

Les mécanismes des accidents de parapente

La fréquence des accidents en fonction des phases de vol est inversement proportionnelle à leur gravité. Presque tous les décès proviennent des accidents ayant eu lieu durant la phase de vol, car il s’agit de traumatismes à haute énergie.
L’erreur est liée au facteur humain dans plus de 99 % des cas : déni du risque, collision (12 %), mauvaise préparation, erreur de pilotage (13 %), matériel inadapté ou insuffisant. L’analyse de l’accidentologie a été renforcée par la mise en place d’une commission Technique et Sécurité au sein de la Fédération française de vol libre (FFVL) ainsi que d’actions concrètes visant à élever le niveau de connaissance et de pratique de ses licenciés (opérations « Brevets 2015 » et « Voler mieux »), réalisation de clips vidéo de sensibilisation [22] . En marge de ces actions institutionnelles, des groupes de réflexion ont également vu le jour pour contribuer à l’amélioration de la sécurité – Physiologie et psychologie en parapente (PPP), par exemple.

Les lésions rencontrées lors de la pratique du parapente [23-25]

Les lésions des membres inférieurs (28 à 55 %) surviennent surtout lors de la phase d’atterrissage. Le manque de précision, une mauvaise réception ou un décrochage près du sol expose les jambes aux traumatismes.
Les atteintes des membres supérieurs surviennent principalement lors du décollage en cas de chute pendant la course d’envol ou à la réception d’un décollage manqué.
Les blessures thoraco-abdominales (aorte, foie, rate…) sont liées à la décélération et donnent des tableaux gravissimes qui conduisent au décès avant la prise en charge.
Les traumatismes crânio-faciaux ont nettement diminué depuis la généralisation du port du casque.
Les lésions du rachis et du bassin (26 à 62 %), notamment de la charnière dorso-lombaire dans plus de la moitié des cas, sont secondaires à une chute en position assise avec compression axiale. L’amélioration des sellettes et le rajout de protections dorsales contribuent à faire diminuer ces traumatismes (norme : EN 1651, test des harnais pour parapente).

L’accidentologie en parapente

Les accidents en vol dans les années 80 étaient rares, car la phase de vol à cette époque était très limitée. De même le pic d’incidence des lésions du rachis lors de la première partie des années 90 pouvait provenir du système de protection dorsal mis en place pendant cette période dont les effets ont été notoirement contre-productifs. De nos jours, les groupes de travail de la FFVL approfondissent leur recherche sur le facteur humain avec la notion d’homéostasie du risque notamment ou la gestion du risque par le Human Factors Analysis and Classification System (HFACS), modèle largement utilisé en aéronautique civile et militaire [26-28] .

En conclusion, le vol libre est une activité ludique se déclinant d’une pratique de loisir jusqu’à la compétition de très haut niveau, mais reste néanmoins une activité engagée pour laquelle la gestion de la sécurité requiert des compétences variées et une véritable lucidité quant à son réel niveau de pratique. En outre, l’environnement, comme pour tous les sports de montagne, retarde la prise en charge du blessé et incite à être vigilant dans la prévention des accidents et, le cas échéant, à faire preuve d’efficacité et d’autonomie dans les premiers soins.

Conclusion

Pour les pratiquants, une meilleure connaissance des risques et des techniques propres à l’activité doit à terme conduire à une meilleure prévention des accidents.
Pour les équipes de secours, le problème est double : il s’agit d’inventer de nouvelles techniques de prise en charge et de faire face aux problèmes posés par la grande diversité des compétences techniques que nécessitent ces secours.
Notons que les pratiques sportives en montagne qui utilisent des moyens de déplacement (VTT, parapente, skis) sont souvent beaucoup plus dangereuses, car elles associent la vitesse à la progression dans des environnements non sécurisés.

 

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Vous venez de lire le chapitre 10 sur Les différents sports de montagne et leur pathologie associée de la 5e édition de l’ouvrage Médecine de montagne

Références

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Auteur(s): Jean-Paul Richalet, Jean-Pierre Herry

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