Comment prévenir l’Obésité infantile ?

Prévenir l’obésité de l’enfant

La prévalence de l’obésité augmente dans le monde, à la fois en Europe mais aussi dans les pays à économie émergente. Le risque de surpoids doit être pris en compte dès l’enfance. La prévention inclut le suivi régulier des courbes de corpulence et des mesures simples d’éducation pour la santé. Le rôle de l’adulte est primordial afin de proposer des initiatives originales et ludiques en la matière.

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Mots clés – éducation ; petite enfance ; obésité ; prévention

Sandra FERREIRA

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre d’enfants, de la naissance à 5 ans, concernés par le surpoids ou l’obésité dans le monde, est passé de 32 millions en 1990 à 42 millions en 2013, et si la tendance actuelle se poursuit, il devrait atteindre 70 millions à l’horizon 2025 [1]. En France, le pourcentage d’enfants en surpoids ou obèses est passé de 3 % en 1965 à 5 % en 1980, 12 % en 1996 puis 16 % en 2000 [2]. Dans les pays à économie émergente, la prévalence du surpoids et de l’obésité infantile chez les enfants d’âge préscolaire est supérieure à 30 % [1].

Un enjeu de santé publique

  • Pathologie à part entière, l’obésité infantile est liée à de nombreux facteurs sur lesquels il est possible d’agir en termes d’éducation et de santé publique. Outre l’alimentation, les causes incluent notamment la sédentarité et la prédisposition génétique.
  • L’OMS rappelle que l’obésité infantile provoque des complications sanitaires graves et qu’elle est liée à un risque accru d’apparition précoce de nombreuses maladies : troubles métaboliques (dont le diabète), cardiopathies, cancers, anomalies hormonales, problèmes respiratoires, rhumatologiques (au niveau des articulations) ou psychologiques liés à l’image.
    De plus, « Faute d’intervention, les nourrissons et les jeunes enfants obèses le resteront vraisemblablement pendant leur enfance, leur adolescence et à l’âge adulte » [1]. En effet, en cas d’obésité infantile, le risque de rester obèse à l’âge adulte est de 80 %, selon le rapport d’information de l’Assemblée nationale sur la prévention de l’obésité, rendu en 2008 [3]. Ce pourcentage considérable invite à envisager une prise en charge adaptée des enfants à risque.

Évaluation de la corpulence

Identifier l’obésité de l’enfant est plus difficile que pour l’adulte. En effet, la taille, par exemple, varie beaucoup en grandissant. Le plus souvent, l’obésité est, à tort, associée au poids. Or, il ne faut pas oublier que la masse corporelle est composée de graisse, d’eau, de muscles, de tissus osseux, etc. Il est donc recommandé d’évaluer la corpulence de l’enfant tout au long de sa croissance en calculant son indice de masse corporelle (IMC) avec la formule suivante : IMC = poids (en kg)/taille2 (en m2), mais aussi de prendre en compte l’activité physique intense de certains enfants qui les rend “lourds” de muscles mais pas tant que cela en graisses (cas particuliers d’ enfants très sportifs).

Par ailleurs, certains impédancemètres bioélectriques peuvent être utiles pour donner une idée du taux de masse grasse. Les courbes de corpulence établies par Santé publique France (anciennement Institut national de prévention et d’éducation pour la santé – Inpes) [4] qui se trouvent dans le carnet de santé des enfants (figures 1 et 2) permettent un suivi régulier de l’IMC.

L’enfant est considéré comme étant en surpoids dès lors que la valeur de l’IMC obtenue et reportée sur la courbe de corpulence, dépasse le seuil du 97e percentile (partie supérieure de la courbe). L’obésité est constatée si le résultat se trouve bien au-delà du 97e percentile de la courbe (au-dessus de la ligne IOTF 30 correspondant à un IMC de 30 à 18 ans) [4].

La courbe de l’enfant, tracée régulièrement dans le carnet de santé, permet notamment de surveiller l’apparition précoce du rebond d’adiposité, qui est représenté par la partie inférieure de la “cuvette” observable sur la courbe de l’enfant, au-delà de laquelle la courbe s’élève à nouveau. Le rebond d’adiposité apparaît habituellement vers l’âge de 5-6 ans chez la majorité des enfants (figure 3). S’il est présent vers l’âge de 3 ans (figure 4), il est le signe d’un risque accru de surpoids ou d’obésité future.

Le rôle de l’adulte

En tant qu’adultes, nous sommes les “modèles” des enfants. Il est donc essentiel que nous montrions l’exemple…

L’éveil au plaisir de manger

Les parents évoquent très souvent le problème récurrent du petit-déjeuner : « Mon enfant ne veut pas prendre son petit-déjeuner », « Il n’a pas faim » ou « Il a du mal à se réveiller ». Or, il s’agit d’un repas essentiel qui doit couvrir un quart de l’apport énergétique total de la journée. C’est le “carburant” qui permet de démarrer la journée. Dans ces situations, pour éviter les envies de grignotages dans la matinée, quelques conseils peuvent être apportés aux parents :
• réveiller l’enfant un peu plus tôt pour prendre le temps du petit-déjeuner ;
• partager ce repas avec lui pour en faire un moment de convivialité ;
• lui proposer de la variété ;
• terminer de se préparer puis prendre le petit-déjeuner ensuite ;
• avec l’accord de la direction et selon le projet pédagogique de la structure d’accueil, lui faire emporter une collation “équilibrée” à la crèche.

  • Si l’enfant n’apprécie pas certains aliments, il faut se demander pourquoi : néophobie alimentaire, crainte vis-à-vis d’un aliment nouveau ? À la maison, l’enfant peut être encouragé à goûter un nouveau plat s’il voit son parent en manger. Un aliment peut être mélangé à des préparations pour faciliter son acceptation : des légumes dans un gratin de pommes de terre, par exemple.
  • Par ailleurs, il est essentiel de ne pas forcer l’enfant, au risque de lui faire vivre le repas non comme un moment plaisant mais comme une punition. Enfin, il est possible de trouver des équivalences alimentaires : si l’enfant n’aime pas le yaourt, des petits-suisses, qui ont une texture plus épaisse, peuvent le remplacer. S’il n’apprécie pas la tomate, proposons-lui de la carotte ou changeons-en la forme pour la transformer en coulis servi sur des pâtes.
  • La présentation des plats a aussi son importance (des bâtonnets de crudités, peuvent être placés de manière “rigolote” dans l’assiette, sous la forme de bonhommes, par exemple).
  • Enfin, cuisiner et faire les courses avec l’enfant, en prenant son temps, permet aussi de l’intéresser aux aliments en eux-mêmes et à lui donner l’envie de bien manger. Emmener l’enfant faire un tour au marché ou au rayon pêche du supermarché, pour lui montrer les différentes sortes de poissons, sont des moments agréables et enrichissants [5].

L’envie de “bien manger”

  • En termes de prévention de l’obésité, l’essentiel est d’éveiller chez l’ enfant l’envie de bien manger plutôt que de le forcer à manger équilibré sous prétexte qu’il va grossir. Autrement dit, il faut absolument éviter d’associer, de manière systématique, l’alimentation au poids.
    Par ailleurs, les restrictions alimentaires peuvent, à long terme provoquer chez l’enfant une restriction cognitive, qui consiste à manger sans tenir compte des informations que nous fournit notre organisme par le moyen des sensations de faim et de satiété.
  • En résumé : on ne se nourrit pas de calories, on mange des aliments, bons et beaux, qui permettent à l’enfant de bien grandir et de se développer harmonieusement.

Conclusion

L’obésité est une pathologie multifactorielle qu’il faut traiter comme telle mais qui nécessite aussi de comprendre que les causes peuvent être très différentes d’un enfant à un autre : les solutions à apporter le sont donc également.

  • En aucun cas, l’alimentation ne doit être “diabolisée” : c’est par le changement des habitudes concernant l’environnement de vie, la sédentarité, le grignotage, etc., que le problème pourra être considéré dans sa globalité, augmentant alors l’efficacité de la prise en charge.
  • Enfin, l’accompagnement des familles par les professionnels de santé et de la petite enfance est indispensable dans la prévention de l’obésité infantile.

Déclaration de liens d’intérêts L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Sandra FERREIRA
Diététicienne-Nutritionniste, membre du Réseau de prévention et prise en charge de l’obésité pédiatrique (Répop) Adresse e-mail : sandra.ferreira.dieteticienne@ gmail.com (S. Ferreira). 40 bis rue du Maréchal Foch, 78410 Flins-sur-Seine, France

Références

 

Vous venez de lire un article de la revue Métiers de la petite enfance

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