Modes relationnels et développement psychosocial , le 1er chapitre du Guide AS

Le développement psychosocial de l’être humain se fait par étapes ; sa personnalité se construit progressivement par l’interaction des relations avec son entourage.

1 Modes relationnels du nouveau-né1

Dès la naissance, le nourrisson communique par le regard, le sourire, les pleurs ou les vocalises ; il est ainsi en interaction avec son environnement.

Dans les trois premiers mois de vie, le regard est le mode de relation principal. Le nourrisson maintient son attention grâce au regard et au visage expressif de son interlocuteur, c’est ce qui permet un échange ; sinon, il cesse de regarder et se referme. Une non-réponse peut être source de difficulté dans le développement des relations sociales à venir.

Le sourire est une expression humaine de plaisir, de satisfaction. Il existe le sourire qui ne s’adresse à personne et que l’on peut observer pendant les siestes du nourrisson. Il s’agit de décharges réflexes spontanées. Puis arrive le sourire lié à un échange social, où le nourrisson est éveillé, qui correspond à une réponse positive de l’interaction avec son interlocuteur. Il apparaît à partir de trois mois.

Les pleurs du nourrisson sont des manifestations de mal-être, d’inconfort qui permettent d’exprimer ses besoins (besoin d’affection, de câlins, de réconfort, faim, soif, douleur au niveau de sa peau irritée par les urines, les selles ou des coliques, il a chaud, froid, il a sommeil, il ne se sent pas bien, etc.). Par ses pleurs, le nourrisson essaie d’attirer l’attention de l’adulte pour qu’il lui vienne en aide.

Les vocalises (appelées aussi gazouillis ou babillage) précèdent l’apparition du langage. À la naissance, il s’agit de cris associés ou non à des pleurs. À partir de quatre mois, le bébé émet des vocalisations : sons variés et riches en voyelles (des « ahaha » qu’il émet sur tous les tons). Il peut réaliser ses vocalises quand il est seul.

Vers quatre-cinq mois, il reconnaît son prénom. Il est sensible au rythme des phrases qu’il entend. Il s’étonne quand une phrase est coupée inopinément. Il est sensible à l’intonation, au rythme des phrases et aux mélodies.

Les interactions avec l’adulte peuvent être comportementales et affectives. Le bébé est en capacité d’interagir avec une ou plusieurs personnes, en se référant à l’une pour s’adresser à l’autre.

Les interactions comportementales s’observent à travers la façon dont le parent touche ou porte son bébé, et les réactions du bébé à ce contact et à la voix. Les interactions affectives s’observent à travers la façon dont le parent apaise les pleurs du bébé, les échanges de regard, les réactions du parent face aux vocalises, au sourire du bébé.

Le langage non verbal du bébé est un mode de communication précoce qui joue un rôle essentiel dans le développement des relations sociales. Il comprend les gestes, les mimiques et les postures.

À partir de l’âge de 1an, l’enfant commence à prononcer ses premiers mots qui, pour lui, sont ses premières « phrases » (ex. : « ama » pour dire donne-moi cela, ou « ahh » pour dire c’est beau…). Puis vers dix-huit mois, l’enfant prononce de deux à plusieurs mots ensemble, il s’agit de la « préphrase » (ex.: « apu bonbon » pour dire qu’il n’y a plus de bonbon, « moi pati » pour dire je suis parti). À partir de ce stade, l’enfant explore de plus en plus son environnement et commence à poser ses premières questions (« c’est quoi ? ») afin de nommer ce qui l’entoure ou l’intéresse.

L’enfant de deux à trois ans va progresser dans l’apprentissage du langage grâce aux paroles de l’adulte quand il lui raconte une histoire, converse avec l’enfant ou d’autres adultes ou enfants en sa présence. Plus l’enfant est stimulé, plus il s’enrichit de mots. En moyenne, vers deux ans, l’enfant utilise de 100 à 200mots et, à trois ans, 1 000 à 2 000 mots. Cela lui permet ainsi de poser des questions (où, quand, comment, pourquoi ?) L’enfant est plus attentif au langage parlé des adultes qui conversent autour de lui, il répète des mots entendus avec quelquefois des transformations dans la prononciation (ex.: « vateau » pour râteau, « gade » pour regarde, « tlo » pour l’eau). L’adulte doit être vigilant et réajuster au fur et à mesure l’enfant an que celui-ci mémorise la bonne prononciation des mots et qu’il ne reste pas dans un « parler bébé ».

L’hospitalisme, décrit par Dr René Spitz (1887-1974), est « l’ensemble des troubles physiques dus à une carence affective par privation de la mère survenant chez les jeunes enfants placés en institution dans les dix-huit premiers mois de la vie ».

Cet état d’altération physique grave s’installe progressivement. Cela se traduit au bout de quelques semaines de séparation avec la mère par un syndrome grave de repli relationnel, suivi d’un arrêt de l’évolution psychomotrice.

Si l’absence de la mère survient après 6 ­mois alors qu’une certaine forme de relation s’est déjà établie avec elle, mais sans que l’identification à une image stable soit encore possible, on verra s’installer une inhibition anxieuse, un désintérêt pour l’extérieur traduisant une dépression anaclitique. Cela pourra disparaître si l’enfant retrouve sa mère. Si la carence affective est totale et prolongée, les troubles iront jusqu’au marasme, voire la mort.

L’évolution des signes est la suivante­:

‑ le premier mois de séparation, l’enfant va se mettre à pleurer sans raison, sera triste, s’accrochant à tout ­adulte ­de l’entourage, recherchant le contact ;

‑ au deuxième mois, il y a arrêt de développement, perte de poids et tristesse. L’enfant cherche le contact mais sans véhémence ;

‑ au troisième mois, il y a un refus du contact. L’enfant reste couché à plat ventre sur le lit, a des insomnies, refuse la nourriture, attrape facilement des maladies et demeure anxieux et indifférent. Le retard psychomoteur se généralise ;

‑ après trois mois, le visage se fige, le regard est absent. Il n’y a plus de pleurs ni de sourires, plus de crise. On observera quelques gémissements plaintifs, des mouvements bizarres des doigts, des stéréotypies et une mauvaise coordination oculaire. Le développement mental et physique est entravé, mais la guérison sera rapide si l’enfant retrouve sa mère ou un substitut avant la fin du quatrième, voire du cinquième mois. On note qu’après trois mois de séparation, le tableau que présente l’enfant est proche de la dépression anaclitique.

La théorie de l’attachement, par les psychanalystes J.­Bowlby et Rutter (en 1958), qui se définit par « la construction des premiers liens entre l’enfant et la mère, ou celle qui en tient lieu, répond à un besoin biologique fondamental. Il s’agit d’un besoin primaire, c’est-à-dire qu’il n’est dérivé d’aucun autre ».

Il est prouvé que le nourrisson, dès l’âge de 9 ou 10­ mois, est capable de manifester par des signes clairs, un langage à expression corporelle et émotionnelle, la souffrance de la séparation brutale, de la négligence et de la carence affective.

La dépression de la première enfance a été décrite dès 1994 avec la première classification existante en psychiatrie du nourrisson­: Diagnostic Classification 0-3 (Greenspan, 1994).

Cette classification tente de repérer à travers une approche multi-axiale la psychopathologie du nourrisson et du très jeune enfant. Elle distingue plusieurs catégories de troubles, dont les troubles de l’affect. Au sein de ceux-ci se situent les troubles de l’humeur, répartis en deuil prolongé et réaction de perte, et la dépression de la première et de la petite enfance.

2 Modes relationnels dans la petite enfance (vers­ 2­ à ­3 ­ans)

C’est une période où l’enfant se développe au sein de deux groupes différents mais complémentaires :

  • le groupe familial ;
  • le groupe social.

Le groupe familial sécurise l’enfant et joue un rôle fondamental dans son évolution, il l’aide à s’épanouir et à prendre confiance en lui. Cela lui permet d’affronter la vie dans le groupe social. L’identité de chaque individu est influencée par le sentiment d’appartenance à une famille spécifique. La représentation de la famille a considérablement évolué et il existe différentes formes de famille (parentale, monoparentale, recomposée, etc.).

Le groupe social permet l’apprentissage social (compétition, règles de vie sociale, conflits, agressivité). Les rapports sociaux sont de deux sortes.

  • Les rapports de contraintes: ce sont les rapports de l’enfant avec l’adulte où la parole de l’adulte est loi tant sur le plan cognitif (les opinions) que sur le plan moral (les règles de vie). Mais ce type de rapport ne su­ffit pas pour la socialisation et pour conduire l’enfant vers l’autonomie ;
  • les rapports de coopération, fondés sur l’égalité et le respect mutuel: cela implique une autonomie dans les échanges, avec l’apparition de conflits avec les autres et le besoin de règles de fonctionnement.

L’école met l’enfant dans une vie de groupe indispensable pour que celui-ci évolue dans sa perception de l’autre et trouve sa place au sein d’un groupe.

La communication entre les enfants de 2-3ans se fait principalement sur le mode non verbal.

A. Communication non verbale dans le groupe

En observant les modes relationnels chez l’enfant de 2 à 3 ans dans le groupe, on peut dégager quatre types de comportements psychosociaux2.

a. Leader

Le leader est un enfant qui a une personnalité attractive : c’est un meneur (les autres enfants le suivent), il forme des groupes (durables) autour de lui. Il a des « expressions d’ouverture »:

  • inclination de la tête ;
  • mains ouvertes ;
  • mimiques agréables ;
  • sourires, caresses, etc.

Il utilise des gestes d’offrande (il présente spontanément un jouet à son camarade).

b. Dominant agressif

L’enfant a un comportement de menace: il a tendance à mordre et frapper ses camarades ; il a la bouche ouverte pour crier, les sourcils relevés, les bras projetés vers l’avant, le poing fermé. Il obtient ce qu’il désire par la force ou la menace et s’il arrive à former un groupe autour de lui, le groupe n’est pas durable.

c. Dominé agressif

Il a un comportement passif: il évite la compétition et il imite les autres enfants. Il a peu d’échanges avec les autres et il agresse souvent (sans pour autant arriver à dominer).

d. Dominé craintif

C’est un enfant à caractère de leader également attractif, mais inhibé par sa timidité. Il s’exprime peu. Il ne peut manifester sa personnalité qu’en groupes restreints. Souvent surprotégé par sa famille, il ne révèle sa personnalité que vers 5-6 ans, ou même plus tard.

B. Influence de la mère sur le comportement psychosocial de l’enfant

Hubert Montagner a remarqué3 que:

  • les mères des leaders manifestent peu de menaces. Elles sont très à l’écoute de l’enfant, le valorisent, lui parlent beaucoup et lui laissent une grande part d’autonomie ;
  • les mères des dominés agressifs sont généralement très exigeantes. Elles souhaitent que l’enfant fasse des acquisitions précoces. Elles ont tendance à le diminuer, à le dévaloriser.

3 Modes relationnels et jeux dans la moyenne enfance (3-6 ­ans)

De 3 à 6 ans, l’enfant entre de plain-pied dans un nouveau groupe social: le groupe scolaire. Son développement psychosocial est stimulé, mais l’enfant a parfois des problèmes d’adaptation ou d’intégration à son groupe que le professionnel devra identifier et signaler.

Rôle de l’AS

SITUATION

Mathias (2 ­ans) est admis en structure d’accueil suite à un placement. Il arrive accompagné d’un éducateur.

Rôle AS

Martine, AS en structure d’accueil, fera son possible afin de favoriser le développement psychosocial de l’enfant. Le rôle de l’AS est de :

‑ parler à l’enfant, l’écouter avec bienveillance ;

‑ aider l’enfant à canaliser ses comportements agressifs (afin de lui permettre de mieux être intégré au groupe) ;

‑ accueillir chaque enfant individuellement, en le valorisant par des paroles et des gestes bienveillants ;

‑ regrouper les enfants plus calmes (car, ensemble, ils se sentent mieux pour résister aux enfants agressifs) ;

‑ surveiller attentivement les comportements des enfants dans le groupe ;

‑ gérer les conflits avec diplomatie, afin que les enfants ne se sentent pas humiliés ;

‑ prévenir l’isolement de certains enfants (car cet isolement est préjudiciable à leur épanouissement psychosocial).

A. Caractéristiques du développement psychosocial des 3-6‑ans (Tableau‑5.1)

­ Tableau­ 5.1 Caractéristiques du développement psychosocial de l’enfant de 3 à 6 ­ans. (cliquez pour agrandir)

B. Jeux de rôle

Dans les jeux de rôle, chacun doit jouer le rôle qui lui est assigné, sans tricher, sans se dérober.

Ce sont des jeux symboliques, mais ils deviennent progressivement :

  • plus collectifs, les enfants jouent à plusieurs ;
  • plus violents, les enfants ont des rôles de guerriers (souvent inspirés des émissions TV) ;

Les déguisements y sont de plus en plus associés (pour imiter les adultes).

Les jeux de rôle aident l’enfant à s’affirmer, à se valoriser, à imiter l’adulte. Ils scellent la « camaraderie » infantile, mais les enfants exclus du groupe, ou pris à partie par le groupe, le vivent très mal.

4 Modes relationnels et jeux dans la grande enfance (6-12 ­ans)

C’est l’âge où le développement psychosocial de l’enfant est intense. À cet âge-là, l’acceptation par le groupe procure à l’enfant une satisfaction importante.

A. Caractéristiques du développement psychosocial vers 6-12 ans

L’enfant va faire l’apprentissage de la vie sociale dans le groupe scolaire (il est fait de règles, de compétitions, de rivalités, de con‑ its, d’agressivité, de violence). Il éprouve des sentiments collectifs.

Par exemple, un esprit de corps social se développe (basé sur le principe que le nombre fait la force). On fait corps contre le professeur, contre un nouveau venu… On fait preuve d’intolérance contre les défavorisés, les timides. De nouveaux jeux dangereux apparaissent dans les cours d’école4.

Des sympathies et des antipathies voient le jour (on observe ces groupes de jeunes entraînés par un « meneur », il a ses vassaux et ses rivaux) ; des disputes, des bagarres éclatent.

L’enfant peut être très dur avec un camarade plus faible ou défavorisé: il l’agresse, se moque de lui en faisant ressortir ses défauts. Il y a les dominants et les dominés. Ces derniers, dans certains cas, en sont réduits à l’isolement qui est très préjudiciable à leur épanouissement psychosocial. De plus, ces enfants ne trouvent pas toujours auprès des parents le soutien et la compréhension dont ils ont besoin.

Rôle de l’AS

SITUATION

Mathias (10 ­ans) rentre souvent de l’école couvert de bosses, les vêtements déchirés… Visiblement, il est battu par ses camarades. Sa mère ne comprend pas et s’apitoie sur lui. Il réplique d’un ton sec‑: « Je suis le plus fort… J’ai gagné la partie ! » En fait, Mathias souffre beaucoup des agressions répétées de ses pairs ; mais il pense que ses parents ne l’aiment que fort et « puissant »… Il se donne donc l’illusion de cette force en utilisant le mensonge, en renversant la situation à son avantage. L’utilisation du mensonge lui permet de moins souffrir, mais le mensonge devient une fuite du réel. Si les parents croient à ses mensonges, Mathias en rajoutera et s’éloignera de plus en plus de la réalité.

Rôle AS

Martine, AS en structure d’accueil, fera son possible pour favoriser le « développement » psychosocial de l’enfant ou du jeune. Elle doit :

  • savoir dialoguer avec lui et lui apporter une écoute bienveillante ;
  • observer :

– son intégration et son adaptation au groupe,

– son langage non verbal (les expressions non verbales sont révélatrices) ;

  • déceler les troubles de l’intégration dans le groupe et y remédier au mieux ;
  • donner à l’enfant des responsabilités valorisantes au sein du groupe ;
  • comprendre ses difficultés ;
  • savoir le stimuler sans jamais faire usage de menaces, d’humiliations ou de punitions injustifiées ;
  • dépister « l’hyposcolarisation » (l’inadapté scolaire souffre, il faut s’employer à chercher la cause de ses troubles) ;
  • veiller à ce que les téléphones mobiles, les nouveaux modes informatisés de communication (Internet, les « blogs », Facebook, les jeux en ligne, etc.) ne nuisent pas à son équilibre physique et mental, en l’enfermant dans un monde virtuel.

B. Jeux chez l’enfant de 6 à 12 ans

L’enfant de 6 à 12 ans est en contact avec divers milieux sociaux qui participent à son développement.

  • Le sport: l’enfant forme son caractère au contact de groupes sportifs (ex.: football, tennis, etc.). Les exercices, codifiés, fortifient le corps et l’esprit, développent l’émulation et la coopération (reflétant ainsi l’évolution du comportement de l’enfant à cet âge) et lui permettent de « se défouler sainement ».
  • Les jeux compétitifs: l’enfant aime toujours les jeux collectifs mais il les préfère plus « actifs », plus « compétitifs ». Il y canalise son besoin d’agressivité et de violence toujours latent.
  • Les mass media, Internet (les blogs, en particulier) et le téléphone mobile : ce sont des moyens modernes de communication auxquels le jeune est très sensible. Il peut les utiliser de façon constructive pour son épanouissement et sa culture ou, au contraire, de manière destructrice, parfois à mauvais escient.

5 Systèmes relationnels parents-enfants

L’homme se construit par le moyen de relations humaines qu’il a entretenues depuis sa petite enfance. Ces relations, avant de devenir sociales et professionnelles, sont avant tout familiales. Aucun parent ne peut être accusé de ne pas aimer son enfant. Mais il pourrait être accusé de « mal aimer ». Or l’adulte devrait apprendre au jeune à « s’aimer ». L’amour de soi n’a rien de narcissique, il est fait d’estime de soi, et il permet à l’enfant de devenir un « adulte aimant à son tour ». Et ce qui empêche souvent les jeunes de s’aimer, c’est le fait d’avoir vécu dans un système relationnel familial (et, il faut le dire, parfois social) que l’on pourrait appeler le système SAPE5, alors que l’épanouissement relationnel est favorisé par le système MOTIVE.

Nous allons voir les caractéristiques de chaque système relationnel.

A. Système relationnel SAPE

L’adulte référent, qu’il s’agisse des parents, des éducateurs ou parfois des professeurs, a tendance à être:

  • Sourd au langage verbal du jeune ;
  • Aveugle au langage non verbal (expression, attitudes) du jeune ;
  • Partial (il est systématiquement dépréciatif dans ses jugements) ;
  • Étouffant (il tue toute motivation, toute initiative à la base).

a. Explications

  • L’adulte peut être sourd au langage verbal du jeune. Souvent, il ne sait pas écouter et préfère éviter le dialogue a n de ne pas avoir à se justifier, à se remettre en question. C’est donc une non-communication avec tous ses effets pervers.
  • L’adulte peut être aveugle au langage non verbal. Souvent, il ne voit pas les expressions comportementales du jeune (qui sont parfois de véritables SOS).
  • L’adulte peut être partial (dans ses jugements) et étouffant: c’est-à-dire souvent dépréciatif à l’égard du jeune.

Or, l’adulte doit aider le jeune à:

  • s’épanouir dans ses dons, sa créativité, son originalité ;
  • assumer ses défauts, ses insu­ffisances ;
  • savoir les transformer encore et toujours (en un mot: « avancer contre le vent par la force même du vent »).

b. Langage utilisé

Le langage SAPE est fait de:

  • culpabilisations. Par exemple: « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir un enfant comme ça ! » ;
  • injonctions. Par exemple: « Tu devrais te couper les cheveux ! » ; « Tu devrais écouter quand je te parle ! » ; « Tu devrais arrêter de fumer ! » ; « Tu aurais dû me dire… » ;
  • dévalorisations. Par exemple: « Mais regarde ce que tu as fait ! » ; « Tu fais toujours tout de travers ! » ; « Tu es vraiment un incapable, on ne peut pas te faire confiance ! » ; « Regarde ton frère, on n’a pas besoin de lui demander plusieurs fois la même chose ! »

c. Conséquence sur le développement psychosocial

Ce système relationnel a tendance à ôter toute la motivation du jeune, et à anéantir la bonne volonté sous-jacente (qui pourrait être un moteur utile pour la vie en société). Il peut engendrer :

  • la non-confiance (en soi et en l’autre) ;
  • le doute, le cynisme, les rancœurs, etc. ;
  • voire la violence (selon l’environnement dans lequel le jeune évolue).

Or, on le sait, la formation du caractère d’un être humain (et par là, ses capacités futures d’adaptation à la vie familiale et sociale) est très liée à la personnalité de ceux qui l’ont entouré dans son jeune âge.

B. Système MOTIVE

À l’inverse du système précédent, le système relationnel que l’on pourrait appeler MOTIVE est plus stimulant, plus dynamisant, et donc plus constructif. L’adulte référent qui « motive » le jeune va:

  • Mobiliser les énergies ;
  • Optimiser les situations6 ;
  • Tolérer les faiblesses, les lacunes de l’autre ;
  • Inciter à entreprendre, à progresser, à continuer ;
  • Verbaliser (mettre des mots, ouvrir le dialogue, etc.) ;
  • Écouter et Encourager l’autre.

Le système relationnel « MOTIVE » va motiver le jeune en utilisant des mots porteurs d’une énergie stimulante. Ce sont des mots qui valorisent le potentiel de l’autre. Ils vont permettre au jeune de prendre confiance en lui et d’avoir confiance en l’adulte référent (parent, éducateur ou professeur).

Ce langage devrait motiver le jeune à trouver sa place, sa voie et ainsi être prêt à jouer le rôle social qui l’attend. Ce langage peut d’ailleurs être utilisé dans toutes les circonstances de la vie sociale. Il aura toujours un impact positif.

b. Langage utilisé

Le langage verbal de l’adulte peut être associé à un langage non verbal (Tableau5.2).

­ Tableau ­5.2 Le langage du système « MOTIVE ». (Cliquez pour agrandir)

6 Insertion dans la société

A. Premiers apprentissages sociaux

La société est composée d’individus entre lesquels s’instaurent des échanges de toute nature. « On ne naît pas individu social, on le devient » grâce aux relations humaines avec les groupes qui nous entourent depuis notre naissance7. La socialisation de l’individu est indispensable pour son intégration au groupe social. Elle est faite de nombreux apprentissages qui commencent dès la petite enfance et qui ont pour but de lui apprendre le mode de vie en société (tout en gardant sa personnalité).

B. Groupes sociaux de référence et d’appartenance

On peut définir un groupe social comme un ensemble d’individus ayant deux objectifs communs :

  • accomplir la tâche pour laquelle le groupe s’est constitué ;
  • maintenir le groupe en état de stabilité, en respectant des « normes » communes.

Notre vie se déroule généralement au sein de groupes aussi divers que le groupe familial, les groupes socioculturels (relations et amis) et le groupe professionnel (collègues de travail).

Les groupes sociaux sont constitués d’individus ayant en commun des objectifs et des valeurs et respectant des règles imposées par la vie de groupe. On considère qu’il y a deux grands groupes sociaux.

  • Le groupe de référence : c’est celui auquel l’individu appartient par sa naissance (l’enfant se réfère à sa famille). Il va adopter son mode de vie, sa langue, sa culture, ses traditions, sa religion, son mode vestimentaire ou alimentaire. L’adulte « référent » de l’enfant a donc un rôle important à jouer.
  • Le groupe d’appartenance : c’est celui que l’individu choisit, dont il est membre (ex.: les groupes socioculturel et professionnel). Il adopte en principe les valeurs en usage dans ce groupe (cf.détails dans le Module1).
Références

© 2006, 2009, 2012, 2017 Elsevier Masson SAS

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Auteur(s): Catherine Muller, Jacqueline Gassier, Élisabeth Peruzza, Bruno Boyanov, Katy Le Neurès

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