Homéopathie en polypathologie : Pourquoi et en quoi l’homéopathie est utile dans ce cas ?

Tout ne s’apprend pas à la faculté !

Quel est donc ce manque dans la médecine, dite orthodoxe, qui peut expliquer soit l’engouement soit le simple recours à l’homéopathie ou d’autres thérapeutiques non conventionnelles comme l’acupuncture, aussi bien de la part du patient que du médecin ?
Ce constat a été bien posé par l’anthropologue David Le Breton, dans son ouvrage « Anthropologie du corps et modernité », dans les années 1995 [1] , qui commente le développement des médecines dites alternatives dans un entretien publié dans la revue le généraliste [2] : « certaines affections, parce qu’elles sont chroniques, appellent l’usager à reprendre le contrôle d’une existence qui lui échappe ». Et plus loin dans son ouvrage : « le corps est un reste. Il n’est plus le signe de la présence humaine, indiscernable de l’homme, il est sa forme accessoire ». Et à propos des médecines dites parallèles : « Elles mobilisent davantage « la volonté de guérir » du malade « par l’effort plus grand qu’elles exigent de lui ».

Le corps, en homéopathie est envisagé dans sa globalité objective et subjective, cherchant l’individualité de la personne malade et son vécu, étroitement intriqués. Cette vision plus complète se distingue donc de la biomédecine qui, d’après Philippe Marchat [ 3] , ne possède pas une véritable notion de chronicité des maladies comme dans la démarche homéopathique. Le facteur temps n’y est pas pris en compte aux dépens de l’identité spatiale et de la localisation.
Par contre, si la biomédecine est la médecine des causes, nous avons vu qu’elle gère mal la problématique de la polypathologie, cette biomédecine a une vision restrictive de l’humain face à la maladie chronique complexe.
L’homéopathie considère qu’un déséquilibre interne préside à la maladie sans pouvoir, par contre, affirmer une cause unique. La cause est le déséquilibre qui s’explique de manière plurifactorielle. L’homéopathie renvoie souvent à des causalités qui s’intriquent à un terrain plus ou moins fragilisé.
Nous rejoignons, aussi, la notion de guérison qui n’est pas le retour à l’état de santé antérieur, qui peut être un mythe, mais l’adaptation à un nouvel équilibre, comme en son temps Canguillem l’a exprimé : « Être malade, c’est encore vivre, et vivre, c’est toujours fonctionner selon des normes, même restreintes ; en outre, c’est même vivre, parfois, selon une normativité toute nouvelle ».

L’homéopathie, « précurseur » de la médecine de terrain

Depuis longtemps, les médecins homéopathes manient ces notions de terrain. Ce terme de médecin de terrain était d’ailleurs un acquis vis-à-vis de nos patients, les homéopathes soignent le terrain. Cette notion de terrain prédisposant est ensuite apparue dans les milieux classiques avec la découverte des complexes majeurs d’histocompatibilité et des anomalies génétiques. L’approche épigénétique, aussi, nous rejoint et converge vers nos idées en accordant une place primordiale au contexte de l’environnement du sujet. Pour prendre un exemple simple, une pelvispondylite rhumatismale est diagnostiquée par un marqueur HLA-B-27, la maladie ne se déclare pas, elle est potentielle. Il suffi t d’une infection bactérienne intestinale à Shigelles pour induire le début de la pathologie. Un terrain et un facteur déclenchant, les deux ingrédients sont là. La pathologie, en fait, est liée à une analogie de structure cellulaire de la shigelle au niveau du complexe majeur d’histocompatibilité.
Nous, médecins homéopathes, sommes toujours intéressés par les facteurs déclenchants, ce qu’on appelle les causalités et les « suites de… » mais nous considérons tous les signes pour la recherche du médicament, car nous diagnostiquons plus un médicament qu’une pathologie2, en prenant en compte toute l’entité psychosomatique , ce qu’on appelle le type sensible.

2.Ne nous faisons pas dire ce que nous ne voulons pas dire et ne sortons pas cette phrase de son contexte. Nous avons en fait une double démarche, le diagnostic clinique nosologique du médecin, ainsi que les conséquences paracliniques et thérapeutiques indiquées. Pour le choix du médicament lui-même ce n’est pas le diagnostic de la maladie qui est primordial mais l’ensemble des symptômes présentés par le patient mis en similitude avec les symptômes de la matière médicale du médicament homéopathique concerné.

Le but de cet ouvrage sera de découvrir les avantages et les possibilités de l’homéopathie et la manière de la pratiquer dans ce contexte :
• 40 % des consultations concernent les patients polypathologiques chroniques ;
• la gériatrie en est le pool le plus important mais 25 %, selon l’étude de 2008 [4] et concerne des patients de moins de 60 ans !

©2018 Elsevier Masson SAS

Didier Deswarte : Diplômé de la faculté d’état de médecine de Lille, Spécialiste en médecine générale, Vice président et ancien président de la société savante d’homéopathie, Président de la société de perfectionnement en homéopathie du Nord

Vous venez de lire un extrait de l’ouvrage Homéopathie en polypathologie de Didier Deswarte

 

Laissez un message