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Les émotions, amies ou ennemies : aide-soignant, métier à haut risque

Les émotions, amies ou ennemies : aide-soignant, métier à haut risque

« Quand on cesse de reconnaître ses émotions, on cesse de comprendre le sens de ses expériences. »

Nathaniel Branden21


OBJECTIF

Trouver des clés pour reconnaître, accepter ses émotions et celles des autres afin de mieux comprendre en quoi elles peuvent avoir une influence sur le stress et le rôle qu’elles jouent dans le burn-out.

■ Une émotion, qu’est-ce que c’est ? À quoi ça sert ?
■ Comment les reconnaître, les accepter ?
■ Comment en faire une force ?
■ Comment éviter de les subir ?


Une émotion : qu’est-ce que c’est ?

 « Nous sommes des gens de raison, gérant notre vie comme il faut, décidant en toute connaissance de cause, maîtrisés, éduqués, tenus. En réalité, nous sommes faits de la pâte de nos émotions, elles nous portent à vivre et commencer avec l’autre ou, au contraire, freinent, voire empêchent les échanges…
Je suis triste, tu es gai, il a peur, nous sommes en colère, vous avez honte, ils s’enthousiasment. Les émotions sont les mouvements du corps »

Philippe Jeammet22

Le mot « émotion » vient du latin motio qui signifie « mouvoir ». L’émotion fait donc appel au mouvement ; elle peut être comparée à une expérience complexe et intense qui nous met en mouvement de l’intérieur et vis-à-vis de l’extérieur.

Pour Bruno Fortin, elle engage à la fois le corps et l’esprit. « L’émotion comporte : une expérience subjective (joie, tristesse, colère, peur, etc.) ; une expression communicative d’excitation ou d’inhibition (mimique, gestuelle, posture, etc.) ; des modifications neurovégétatives et endocriniennes. »23

Le processus émotionnel se déroule en trois étapes :


Le seuil émotionnel des individus varie en fonction de leur personnalité, de leurs expériences et de l’état dans lequel ils se trouvent lorsqu’ils sont confrontés à une situation.


■ notre cerveau réagit à l’environnement et crée une image;
■ cette image va engendrer une émotion;
■ cette émotion va déclencher une action.

En quoi les émotions sont-elles utiles ?

Reconnaître les émotions, les siennes et celle des autres, nous permet d’améliorer notre communication, nos échanges, nos relations, en développant notre empathie et ainsi de générer moins de stress. Cela nous aide aussi à être plus à l’écoute de nous-mêmes et donc plus attentifs aux signes avant-coureurs du burn-out, voire de l’éviter.


Cette distance vis-à-vis des émotions peut nous amener à banaliser des situations qui ne doivent pas l’être, comme le décès d’un patient.


Les émotions, l’empathie et la communication

Pour Roman Krznaric24, il existe deux formes d’empathie : l’empathie cognitive et l’empathie affective.

■ Quand vous pratiquez l’empathie cognitive, vous comprenez le point de vue de l’autre.
■ Lorsque vous activez votre empathie affective, vous comprenez ses émotions sans toutefois les partager.


Attention : pour un aide-soignant, faire preuve d’empathie signifie aider, accompagner, et non souffrir pour et avec l’autre. Le soignant est en contact permanent avec la douleur, il est là pour aider, non pour la prendre à son compte. Il s’agit d’être avec le patient tel que le patient le souhaite et non tel que vous aimeriez être.


Témoignage

Francine, aide-soignante dans un service de dialyse

« Le patient génère du stress chez le soignant. Il ne sait pas toujours comment agir. Le fait de vouloir lui donner le meilleur des soins, le meilleur de lui-même, est parfois très mal vécu, ressenti comme une agression. La réponse immédiate du malade est une agressivité injustifiée et gratuite… »


Donner à l’autre ce qu’il a envie de recevoir et non ce que vous voulez lui donner, c’est faire preuve d’empathie. Pour cela, vous devez être en permanence à l’écoute, pour comprendre, analyser et anticiper ses désirs, ses besoins. Il s’agit bien de remplir son rôle d’aide, de pratiquer les soins appropriés, adaptés en gardant la bonne distance.

L’autre peut être le malade, mais aussi le (ou la) collègue, le supérieur hiérarchique ou la famille de votre patient.

Ce que vous demandez pour vous, l’empathie que vous réclamez intuitivement de la part des autres, donnez-la aussi. Elle vous permettra d’être compris, admis et reconnu.

 

À savoir

Dans votre métier d’aide-soignant, comprendre vos patients, les écouter, entendre leur point de vue et surtout comprendre les émotions qui les traversent est essentiel. En effet, si vous confondez la colère et la peur ou que vous ignorez sa tristesse ou sa joie, vous risquez de mettre le patient dans une situation où il n’aura pas envie d’entrer en relation avec vous. Il pourra être désagréable et contribuer à vous rendre le travail plus difficile. Si au contraire vous êtes à l’écoute de ses émotions, vous faciliterez la relation et l’aiderez à mieux supporter sa situation, voire à se sentir mieux.
Il en est bien entendu de même avec vos collègues et tout votre environnement professionnel.

Pour le neurologue Paul Zak, la sécrétion d’ocytocine (hormone sécrétée par les mères lorsqu’elles allaitent leurs enfants et également présente chez les hommes) peut générer des comportements empathiques. Chez les humains, un stress élevé peut bloquer la libération d’ocytocine. Les personnes sans ocytocine sont égoïstes et égocentriques et ont un faible niveau d’empathie, d’où l’importance de rester à l’écoute de ses émotions.

Les émotions et le burn-out

 « Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime. Tout ce qui s’imprime cherche à un moment ou à un autre à s’exprimer. »25

Vos émotions doivent s’exprimer ; si elles restent bloquées en vous, elles vont contribuer à générer du stress, voire à vous rendre malade. Certaines expressions populaires illustrent bien cette notion comme : « se faire de la bile », « se prendre la tête » ou « avoir la rate au court-bouillon » …

 

À savoir

Les émotions ont une influence sur notre attention et notre vision du monde et des événements. Elles sont très utiles, car elles nous aident à nous adapter aux situations et à agir le moment venu. Par exemple, la peur nous fait fuir en cas de danger.
En revanche, si elles sont disproportionnées, elles peuvent nous handicaper. Par exemple, la peur qui nous paralyse.

Quand une personne « craque » émotionnellement ou quand elle n’a plus d’émotions, elle atteint un épuisement émotionnel. Il s’agit d’une démotivation profonde. La personne se résigne et a l’impression que quoi qu’elle fasse, rien ne changera. Elle subit son existence, elle n’a plus de ressources pour continuer, elle est sur la pente du burn-out.

Comment reconnaître les émotions, les accepter ?


L’être humain doit pouvoir parler et nommer ses émotions. Être capable de dire : « Je suis triste, en colère, heureux, j’ai peur, je me sens stressé, angoissé » aide à vivre ses émotions.


Une des références en matière de recherche sur les émotions, Paul Ekman26, a conçu une liste des émotions de base à partir de recherches transculturelles sur une tribu de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une partie de ses recherches porte sur les émotions fondamentales. Il a montré que les expressions faciales correspondent à quatre émotions universellement connues : la peur, la colère, la tristesse et le plaisir. À ces quatre émotions essentielles, il a ajouté la surprise, le dégoût, la honte et le mépris. Les autres émotions en sont des nuances (exercice 3).

 

Exercice 3

Dans le tableau 3.1, identifiez les émotions que vous ressentez le plus souvent. Mettez 3 points à celles qui sont les plus fréquentes, 2 aux suivantes et 1 aux autres, 0 à celles que vous n’éprouvez jamais. Soyez honnête avec vous-même, identifiez vos véritables émotions, pas celles que vous utilisez pour vous défendre, comme le rire qui peut cacher le mal-être, la honte, la colère ou la peur.
Faites ensuite le total par colonne et réfléchissez aux raisons pour lesquelles ces émotions (ou ces catégories d’émotion) sont fortes chez vous.

Tableau 3.1. Les émotions
(Cliquez pour agrandir)

 

Comment en faire une force ? Comment éviter de les subir ?

 Il s’agit d’être conscient que les émotions sont utiles (tableau 3.2). Nous vous recommandons de regarder le film Pixar, Vice Versa27, pour vous en convaincre.

Tableau 3.2. L’utilité des 4 émotions principales.

Tableau 3.2. Suite.

 

DEPA pour faire face aux émotions et être empathique

 


Pour en faire un atout, vivez et exprimez vos émotions.


Commencez par employer le « je » plutôt que le « vous », le « tu », le « ils » ou le « on ». Ensuite, dites ce que vous ressentez, exprimez-le après avoir décrit la situation de manière neutre, factuelle. Proposez de chercher des solutions et valorisez-les. Enfin, accueillez les émotions de l’autre, dites-lui que vous les entendez et qu’il a le droit de les exprimer. Proposez une démarche, une solution et valorisez-en les conséquences pour vous deux. Vous verrez alors que vous vous sentirez beaucoup plus léger et libre.

 


DEPA pour faire face aux émotions et rester en empathie tout en gérant son stress

Dire

Exprimer

Proposer quelque chose

Montrez-en les conséquences, les Avantages

Et demandez-lui : « Qu’en penses-tu ? » ou « Qu’en pensez-vous ? »


Situation

 Votre patient se plaint sans arrêt, il ne veut voir personne, il vous envoie promener.

 DIRE : « Vous venez de me dire que vous ne vouliez voir personne dans votre chambre. »
EXPRIMER : « Je suis ennuyée car je vois que vous souffrez et je comprends que vous ayez mal. »
PROPOSER : « Je vous propose que nous fassions le point, que nous en discutions. »
AVANTAGES : « Cela nous permettra de partir sur de bonnes bases, je saurai ce dont vous avez besoin, le comprendrai mieux et ferai donc ce qu’il faut pour que vous vous sentiez mieux. »

À vous de jouer !


L’essentiel (partie 1)

■ Le stress fait partie de nos vies et en est une composante essentielle.
Il faut rester vigilant pour ne pas aller jusqu’au burn-out.
■ L’histoire du soin et l’évolution du métier d’aide-soignant nous montrent la difficulté liée à la reconnaissance de ce métier.
■ Le stress est basé sur les émotions qui peuvent être amies dans la plupart des cas; il faut aller dans ce sens.
■ Les soignants en général, les aides-soignants en particulier, évoluent dans un climat à risque pour le stress et le vécu des émotions.

Références

Stress, émotions, épuisement chez l’aide-soignant
© 2018, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Vous venez de lire le chapitre 3 Les émotions, amies ou ennemies : aide-soignant, métier à haut risque de l’ouvrage Stress, émotions, épuisement chez l’aide-soignant Pour lutter contre le Burn Out

Auteurs

Christine Quancard-Stoïber
Formatrice à l’IFAS de Bordeaux-Nord

Brigitte Bouillerce
Consultante, formatrice en communication

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Auteur(s): Christine Quancard-Stoïber, Brigitte Bouillerce

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