Isabelle Célestin-Lhopiteau, auteur du Guide des pratiques psychocorporelles

Elsevier Masson : Isabelle Célestin-Lhopiteau, vous avez suivi initialement une formation de psychologue, d’où est né votre intérêt pour les pratiques psychocorporelles ?

Isabelle Célestin-Lhopiteau : Mon métier de psychologue clinicienne m’a montré que quand nous souffrons, que ce soit de douleur, de dépression, ou d’angoisses, etc nous sommes immobilisés dans notre vie par ces symptômes, qui nous coupent d’une relation équilibrée au monde et à nous-mêmes. Ils sont une rupture dans le mouvement permanent du changement et dans notre adaptation  à ce changement. Ce que l’on soigne, c’est alors l’immobilisation. Je me suis donc intéressée aux pratiques psychocorporelles de par leur capacité à remettre en mouvement, à amener un individu à sentir sa présence animée par la respiration, à ressentir l’unité du lien corps-esprit…

Ces pratiques psychocorporelles sont un moyen efficace de sortir d’une psychologie individualiste, et plutôt de penser en terme de liens, liens que le patient entretient avec son propre corps, son esprit, les autres et de façon générale le monde qui l’entoure.

EM : Vous écrivez dans l’introduction de l’ouvrage « Cet ouvrage est né, il y a plus de 10 ans déjà, de la rencontre entre une infirmière et une psychologue, formées à diverses pratiques psychocorporelles, autour d’un même questionnement et de constats partagés. ». L’infirmière, c’était Pascale Wanquet-Thibault, avec qui vous avez écrit l’ouvrage. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur sa genèse ?

I.C-L : Ce livre est né d’un travail commun autour de la prise en charge de la douleur et de l’anxiété qui nous a fait nous questionner sur nos pratiques et nos réponses respectives pour les patients.

Nous nous sommes dit que si nous nous posions ces questions, de nombreux professionnels se les posaient également, et que de leur apporter des pistes de réponses leur serait aussi utile qu’à nous.

Face à la multiplication des pratiques psychocorporelles, de leurs différents modèles et théories, il nous paraissait indispensable, tant pour les soignants que pour les patients et, a fortiori pour les institutions de santé, de les connaitre, de les définir, de connaitre l’étendue de leurs champs d’actions et d’organiser leurs interactions en développant la recherche et les retours d’expériences issus de la clinique.

En effet, des questions se posaient : Comment structurer et intégrer les différentes pratiques dans l’espace d’une intervention thérapeutique ? Comment conjuguer médecine conventionnelle et médecine complémentaire ? Que choisir dans son parcours de soin ? Yoga, méditation, hypnose, massage, Qi Gong, acupuncture, auriculothérapie, art thérapie, TOP, … Y a-t-il des facteurs communs à toutes ces pratiques ? Qu’est-ce qu’un parcours de soin intégratif ?

Nous avons eu envie d’y répondre à travers le premier guide des pratiques psychocorporelles. Ce chemin intégratif apparaissait déjà comme incontournable. Il nous restait soit à l’accompagner, voire à le co-créer, ce qui a été notre choix,  soit, faute de maitrise et de connaissance, à en subir les effets.

EM : il s’agit de la seconde édition de l’ouvrage, la première ayant été publiée initialement en 2006. Quelle est l’évolution la plus frappante depuis cette date ?

I.C-L : Le passage de la notion de médecine intégrative à celle de santé intégrative a ouvert une voie résolument nouvelle dans le domaine thérapeutique. Le changement de dénomination du NCCAM (National Center for Complementary and Alternative Medicines) renommé en NCCIH (National Center for Complementary and Integrative Health) a bien marqué en 2015 ce tournant en mettant en lumière l’importance de la prévention et de la santé intégrative. Rappelons d’ailleurs que pour l’OMS, la santé n’est pas seulement une absence de maladie mais aussi un état complet de bien-être physique, mental et social.

Il ne s’agit plus seulement d’informer, de proposer des approches complémentaires ou encore un parcours de soin associant diverses approches mais de permettre à un patient de les intégrer, d’être autonome, dans une pratique quotidienne personnalisée et, ce faisant, de développer un véritable art de vivre pour permettre un changement durable.

L’autre point notable depuis la première édition est le développement très important des recherches dans le domaine de la compréhension des processus attentionnels. Or les Pratiques Psycho Corporelles sont des pratiques de l’attention et toutes ces recherches permettent de mieux comprendre leur fonctionnement. De plus il y a un réel renversement épistémologique car ces pratiques servent à présent de moyens afin d’étudier la conscience.

De plus, la première édition de ce livre, avec tout ce travail de contact, de recherche qu’il a nécessité, a été à l’origine de nombreux autres projets autour des pratiques psychocorporelles et de la santé intégrative :

  • La réalisation du premier DIU des Pratiques Psychocorporelles à l’université Paris Sud, CHU du Kremlin-Bicêtre et CHU Réunion,
  • L’ouverture d’un centre qui est dédié à ces pratiques aussi bien pour les formations, que pour les thérapies et pour la recherche qu’est l’IFPPC Centre CAMKeys à Paris 13.
  • La création d’un magazine en ligne sur la santé et la médecine intégrative : BigBangTherapy.com.
  • Et bien entendu de colloques réguliers dont la 6ème édition aura lieu les 13, 14 et 15 décembre 2018 à Paris La Sorbonne, qui est un lieu de partage pour des spécialistes de la santé intégrative de France et d’Europe et de façon plus générale de Russie, d’Inde, des États-Unis, d’Israël, du Maghreb, …

EM : Votre ouvrage est très complet et décrit de nombreuses pratiques : hypnose, relaxation, Qi gong, chant…. Quel est l’intérêt de les connaître toutes ?

I.C-L :  Il ne s’agit pas de connaitre toutes ces pratiques, mais d’en avoir une vue suffisamment générale pour travailler au quotidien dans une perspective intégrative du soin. Et cette prise de conscience change la communication soignant-soigné, et donc la relation thérapeutique. L’état d’esprit qui prévaut à cette nouvelle posture est basé sur l’ouverture, l’adaptation, la souplesse et un réel désir d’autonomiser le patient, hors de tout dogme. Cette posture, qui nous conduit, nous, soignants, à intégrer, à accueillir d’autres formes de pensées, nous pousse à élargir nos perspectives, nous force à jeter un regard différent sur nos propres approches thérapeutiques, à développer ainsi une perspective nouvelle sur notre propre pratique.

EM : Le lecteur, étudiant ou professionnel du soin, pourra-t-il directement mettre en application ces techniques ?

I.C-L : Cette seconde édition a pour ambition de permettre aux professionnels de santé comme au grand public d’acquérir un socle de connaissances fiable sur les différentes pratiques psycho-corporelles et leur place dans le mouvement de la médecine intégrative et celui de la santé intégrative.

Cet ouvrage permet de :

  • Structurer et intégrer ces différentes pratiques dans l’espace d’une intervention thérapeutique et développer un parcours de soin vraiment intégratif
  • Savoir quelle pratique choisir dans son parcours de soin ? Yoga, méditation, hypnose, massage, Qi Gong, acupuncture, auriculothérapie, art thérapie, TOP, …
  • Repérer les facteurs communs à toutes ces pratiques
  • Développer la prévention et permettre d’intégrer ces pratique dans son quotidien

EM : Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier ? Pouvez-vous vous dévoiler vos nouveaux projets ?

I.C-L : Ce qui me passionne dans mon métier c’est de rencontrer chaque personne dans sa singularité, de permettre à chacun d’activer ses propres ressources pour changer, et que ce changement permette à chacun de réduire une douleur, de retrouver du sens, d’arrêter de fumer et, finalement, de retrouver leur liberté d’être…

Ce qui me passionne dans les pratiques psychocorporelles, c’est que, loin d’être des techniques, elles sont un art de la communication et de la relation. Le domaine de la santé intégrative n’est pas une nouvelle école mais une méthode pouvant emprunter librement ses instruments aux différentes approches ou conceptualisations. Mettre en perspective différentes pratiques pousse à sortir des techniques ou méthodes pour se pencher sur les aspects relationnels, distinguer l’essentiel de l’accessoire. Sortir du dogme, des techniques, de l’idéologie, c’est revenir à l’être.

Les nouveaux projets sont :

  • L’élaboration d’un référentiel d’activités et/ou de compétences (posture, intentionnalité, etc.) du professionnel de santé ressource en pratiques psychocorporelles
  • Le renforcement de nos collaborations internationales :

Qui est Isabelle Célestin-Lhopiteau ?

Directrice de l’IFPPC, Institut Français des Pratiques PsychoCorporelles http://www.ifppc.eu/.

Responsable du DIU des pratiques psychocorporelles et de santé intégrative, Universités Paris Sud et Réunion et du DU Hypnose et Anesthésie, Université Paris Sud.

Psychologue-psychothérapeute, Centre d’évaluation et de traitement de la douleur, CHU Bicêtre.

Créatrice et Rédactrice en chef de la revue Big Bang Therapy (www.bigbangtherapy.com).

Présidente de l’Association Thérapies d’Ici et d’Ailleurs (www.sharingtherapists.fr)

Coordinatrice du groupe de travail IFPPC « Référentiel du professionnel de santé ressource en pratiques psychocorporelles ».

à lire sur le blog :

Le premier chapitre en accès libre

Le sommaire détaillé

 

 

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Auteur(s): sabelle Célestin-Lhopiteau, Pascale Wanquet-Thibault

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