Cardiologie connectée

Un Dossier original coordonné par le Pr Damien Metz à retrouver dans les Archives des Maladies du Cœur et des Vaisseaux Pratique : définitions, limites et contraintes de la médecine connectée et applications cliniques dans le domaine de la cardiologie interventionnelle.

Editorial

La médecine connectée est un sujet qui prend une place grandissante dans nos activités quotidiennes de praticien. Elle est présente dans tous les programmes de développement, fait la une de nos revues de formation professionnelle, nos universités proposent des DIU de Télémédecine… Mais elle est source d’usage de vocabulaires qui laissent pressentir une attitude craintive que cette intelligence artificielle vienne s’immiscer dans nos pratiques quotidiennes, on évoque la « révolution numérique », la « tourmente du numérique » …

Dans ce contexte, nos décideurs gouvernementaux se fixent d’ici cinq ans des objectifs stratégiques ambitieux sans retour possible en arrière, allant vers la dématérialisation de toutes les prescriptions, l’accès en ligne pour chaque patient de l’ensemble de ses propres données médicales et enfin, le partage de cette information entre les professionnels de santé… Résister à cette évolution est inutile ; nous nous devons de suivre ce mouvement toute génération confondue.

Certes, l’application de tous ces outils d’intelligence artificielle soulève dès à présent différents problèmes de mise en œuvre. Il faut résoudre les problèmes de confidentialité avec le respect du secret professionnel. L’utilisation de ces outils doit être en accès égal à tous et pour tous, sans favoriser de discrimination et doit contribuer à réduire les inégalités. Elle doit impérativement aider le médecin à s’éloigner des tâches et contraintes pour le rendre ainsi plus disponible à l’écoute du patient et donc à son cœur de métier.

Tous ces changements laissent percevoir une évolution rapide de l’exercice et de la formation médicale à moyen terme. On peut imaginer la disponibilité d’algorithmes « on line », d’aide à la décision face à son patient à partir de ses propres données. Dès à présent, la plupart des supports de formation universitaire et professionnelle font appel aux techniques de e-learning qui devront être certifiées mais qui déboucheront sur la disparition des cours magistraux dans leur modèle actuel. De même, l’évolution des procédures de recherche clinique passant de la stratégie actuelle fléchée de l’hypothèse de recherche vers une recherche aléatoire dans le monde réel grâce à la capacité d’analyse de volumes de données abondantes (big data) laissant envisager la possibilité d’obtention de résultats utiles inattendus, en s’aidant d’utilisation d’algorithmes auto-apprenants et de la possibilité d’objets connectés permanents sur le patient à l’aide des smartphones.

Les Archives des maladies du cœur et des vaisseaux pratique se devaient donc de participer à cette aventure numérique en proposant un dossier établissant une première photographie actuelle de ces avancées.

À la veille de la mise en route effective de la télésurveillance suite à un arrêté récent fixant les modalités de financement, il nous paraissait important de préciser les définitions et contraintes réglementaires ainsi que le niveau de preuves scientifiques actuellement disponibles de la cardiologie connectée.

Peut-être plus facilement accessible en raison d’un usage permanent de notre smartphone depuis plusieurs années, nous proposons ensuite un voyage dans les applications disponibles. De 6000 applications santé disponibles sur nos mobiles en 2010, le chiffre est passé à plus de 100 000 en moins de trois ans. Il nous fallait donc une critique sélective que nous avons ciblée dans le domaine de la cardiologie interventionnelle.

Enfin, sont abordées les premières applications cliniques de l’utilisation de périphériques connectés au smartphone avec l’exemple du focus échographique.

Ainsi, toutes ces technologies connectées représentent une réelle opportunité potentielle pour améliorer le diagnostic et la surveillance de nos patients et par voie de conséquence, pour mieux les guider et les traiter. Cependant, comme toutes solutions thérapeutiques efficaces, elles se heurtent à l’émergence d’un nouveau risque, non pas iatrogène, mais lié aux limites fragiles du cyberespace. Nous sommes tous concernés praticiens, patients, structures de soins comme victimes potentielles de cette nouvelle forme de banditisme lucratif. Notre fiche technique a pour objectif de nous y sensibiliser et de nous y préparer !

Nous remercions tous les auteurs qui ont su s’investir ainsi dans cette tâche souvent décalée de notre exercice quotidien et qui se sont prêtés à affronter ce défi qui nous attend tous dans un avenir très proche.

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

© 2018  Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Auteur

Professeur Damien Metz

Service de cardiologie et maladies vasculaires,
Centre hospitalier universitaire Robert-Debré,
Rue du Général-Koenig, 51100 Reims

Vous venez de lire l’avant-propos du dossier Cardiologie connectée de la revue Archives des Maladies du Cœur et des Vaisseaux Pratique. N° 269 – juin 2018

Accéder au numéro (accès réservé aux abonnés) : http://www.em-consulte.com/revue/AMCP/2018/269/table-des-matieres/

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