Postures et positions dans la rééducation de l’écriture de l’enfant et de l’adolescent

Observation et analyse

Les postures et positions lors de l’écriture exigent une observation attentive. En effet, même si elles n’influencent pas toujours directement la qualité de l’écriture, elles peuvent avoir des conséquences importantes en termes d’aisance, de vitesse ou de douleurs. Elles sont un facteur d’équilibre de l’écriture, participant à son déploiement optimal.
Pour en juger, il est essentiel de bien connaître la dynamique du geste scripteur, les rôles de chacune des parties du corps impliquées dans ce geste, et leur évolution en fonction de l’âge de l’enfant.

La dynamique du geste scripteur

Différentes études ayant pour but de mettre en relief les constantes relatives aux positions lors de l’écriture ont permis de dégager les données suivantes.

Attitude générale, positions segmentaires

En tout début d’apprentissage, la tête est placée à proximité de la feuille : l’enfant ressent le besoin de maintenir le regard proche de la pointe de son crayon pour contrôler visuellement ses gestes. Parfois même, la tête repose sur le bras non scripteur empêchant ainsi l’appréhension globale du champ graphique. À partir de 7 ans, le besoin de contrôle étant moindre, et la musculation du dos meilleure, la tête se relève progressivement. Sa position n’évolue plus au-delà de 12 ans.
Entre 5 et 7 ans, le torse s’appuie fortement sur le rebord de la table, puis se redresse peu à peu jusqu’à l’âge adulte. En même temps, il s’incline progressivement vers la droite pour le gaucher et la gauche pour le droitier : l’inclinaison est d’autant plus grande que les difficultés motrices sont plus importantes.
L’épaule est souvent relevée, bloquée contre la tête penchée d’un côté ou de l’autre. Lorsqu’elle est nettement contractée, elle fait une bosse perceptible à la vue et au toucher chez 40 % des enfants de 7 ans.
Jusqu’à 9 ans, l’enfant qui écrit manifeste une grande instabilité générale, due à l’excès de tension provoquée par l’acte d’écrire : il se lève, s’assoit sur une jambe, se dresse sur ses coudes, remue les jambes, etc.

La position de l’avant-bras évolue considérablement au cours de l’apprentissage. Entre 5 et 9 ans, le coude est à l’intérieur de la table en début de ligne et a tendance à en sortir en fi n de ligne (recul du coude et rotation du bras autour de l’épaule). À partir de 9 ans, le coude tend à se placer, en début de ligne, près du bord de la table, et même à en sortir. Il y a diminution de la surface d’appui de l’avant-bras, qui peut être neutralisée par l’inclinaison progressive du papier.
Alors que 50 % des enfants de 5 ans ont le poignet souple lors de leurs exercices graphiques, 70 % des enfants de 7 à 9 ans adoptent une posture crispée du poignet, celui-ci s’appuyant avec force sur la table. C’est l’âge où l’on se plaint le plus de phénomènes douloureux à tous les niveaux. Entre 9 et 12 ans, le poignet s’allège à nouveau, s’assouplit, se détache de la table, à mesure que le tonus s’installe dans tout le bras lorsque l’écriture s’accélère. Vers 12-14 ans, on note un relèvement tonique et permanent de tout l’avant bras, du poignet et de la main. L’angle de flexion du poignet change entre le début et la fi n de la ligne, mais le rapport angulaire de la main avec la table doit rester constant, afin d’offrir un appui, constant lui aussi, au mouvement des doigts. À 5 ans, la main roule en pronation. À 9 ans, la stabilité semble acquise, la position la plus fréquente est la demi-supination. La main repose avec légèreté sur le muscle du bord extérieur de la main. L’annulaire et l’auriculaire jouent un rôle de suspension. L’instrument est tenu selon la prise tripode. L’index est face ou légèrement en avant du pouce. Le crayon repose sur la première phalange du majeur.
En début d’apprentissage, l’ instrument est tenu très près de la pointe, avec brisure de l’index. À mesure que l’enfant grandit, on note un allongement progressif des doigts et une prise plus longue, avec diminution de la brisure de l’index. Celle-ci subsiste cependant dans 50 % des cas au-delà de 12 ans.

En résumé, la main améliore sensiblement sa stabilité entre 5 et 9 ans. Entre 7 et 12 ans, le redressement de la posture se produit en même temps que l’allègement de l’appui du poignet et de l’avant-bras, et que l’assouplissement général. La crispation fait place à la tonicité. La meilleure utilisation du tonus permet d’acquérir plus d’aisance, de souplesse et de rapidité.

Déroulement graphique, mode de progression

Dans son ouvrage La graphomotricité (1982) , Alfred Tajan met en lumière le fait que l’écriture se déploie grâce à la combinaison de deux types de mouvement :
• un mouvement d’inscription, par le biais de l’extension, la flexion et la rotation des trois doigts qui tiennent l’instrument ;
• un mouvement cursif (dextrogyre), de progression , de translation de gauche à droite, produit par le déplacement du poignet et de l’avant-bras.

Les deux mouvements s’opposent : l’inscription freine la translation, et celle ci gêne l’inscription. Le scripteur doit réaliser un équilibre permanent entre ces deux mouvements qui, au départ, se succèdent pour ensuite, peu à peu, se coordonner. Ils sont facilités par une position correcte du tronc qui libère le bras, et un appui du bras sur la table qui soutient la main sans gêner sa progression. Ce travail sera facilité par l’acquisition de l’indépendance des segments bras épaule, main-bras, doigts-main et par une relation correcte entre la préhension de l’outil et sa pression sur le support. Il faut serrer suffisamment le crayon pour qu’il ne s’échappe pas des doigts, mais pas trop pour éviter la crispation et le raidissement, tout en contrôlant l’ appui sur le papier, pour que la mine marque, sans se casser ou déchirer le support.

En résumé :

• L’écriture se fait grâce à :
– la préhension de l’outil scripteur par une prise tripode, le majeur étant support de l’outil permettant l’inscription ;
– la combinaison d’un mouvement de rotation et d’un mouvement de translation mettant en jeu les articulations du poignet et du coude.

• À cette fonction cinétique s’ajoute une fonction tonique, concernant les parties du corps qui ne sont pas en mouvement (statique de la colonne, de la tête, des membres inférieurs).

Notations diverses

La disposition du papier par rapport au bord antérieur de la table est extrêmement personnelle et n’obéit pas à des règles précises. Le contrôle visuel est meilleur lorsque le papier est plus proche du bord de la table, position volontiers adoptée par les enfants de 5 ans. D’abord située, sur proposition de l’enseignant, verticalement face au scripteur, la feuille a tendance à migrer, chez le droitier, dans l’hémichamp droit, ce qui contribue à améliorer le mouvement vers la droite. La plupart des scripteurs droitiers inclinent le sommet de la feuille vers la gauche, alors que les gauchers l’inclinent en sens inverse. Cette inclinaison favorise le contrôle visuel, le graphisme n’étant pas caché par la main qui écrit.
À 5 ans, la position de la main par rapport à la feuille est très oblique, presque perpendiculaire à l’axe de la feuille. Elle balaie la ligne. Vers 14 ans, au contraire, la main se retrouve franchement au-dessous de la ligne, et perpendiculaire à celle-ci en fi n de ligne. Cette position varie en fonction de l’inclinaison du papier et de l’angle flexion-extension de la main.

L’observation du geste scripteur

Lors du bilan de l’écriture manuscrite, on observera les postures avec précision et on notera, entre autres, les éléments relatifs à la posture globale de l’enfant, aux positions segmentaires ainsi qu’au déroulement graphique et au mode de progression (voir planches photos en Annexe 1).

La posture globale de l’enfant
• La tête : distance à la feuille, inclinaison, etc.
• Le torse : appuyé ou non à la table, de façon continue ou discontinue, droit, penché plus ou moins vers l’avant, basculé à droite à gauche, etc. • Le dos : colonne verticale, voûté ou cambré, tendu, adossé à la chaise.
• Les épaules : horizontales, contractées ou non, relevées d’un côté ou de l’autre, etc.
• L’assise, franche sur les deux fesses, stable, instable, etc.
• La position des pieds.
• Les changements de position.

Les positions segmentaires
Le bras scripteur : on notera d’abord si l’enfant est gaucher ou droitier, puis on regardera :
– la position du coude : en début et fin de ligne, sur la table ou non, collé ou non au torse, etc. ;
– celle de l’avant-bras, son degré d’appui sur la table ;
– la position du poignet : relevé, légèrement décollé ou posé sur la table ;
– la façon dont le poids du corps est porté sur le bras scripteur.
• La main :
– l’angle fait avec la table : demi-supination 1 , position intermédiaire 2 , pronation 3 ;
– la position de la main par rapport à la ligne d’écriture : sur, sous, sur le côté en balayage ;
– le degré de flexion-extension de la main par rapport à l’avant-bras.
• Les doigts :
– les diverses positions sur l’instrument ;
– le degré de pression de l’instrument ;
– la mobilité et la précision digitale.
• L’axe du crayon par rapport à l’avant-bras.
• L’autre bras : participe-t-il ou non à l’acte d’écrire, tenue de la feuille, main sous la table, syncinésies, etc.

Le déroulement graphique et le mode de progression
• Ramassage des doigts sous le poing ou extension pour le gaucher.
• Relèvement progressif du poignet, mouvements de poignet.
• Reptations successives de la main, soulèvements.
• Recul du coude.

1 . Demi-supination : l’angle de la main par rapport à la table est de 90°.
2 . Position intermédiaire : l’angle de la main avec la table est de 45°.
3 . Pronation : l’angle de la main avec la table est quasi nul.

• Rotation autour du coude, de l’épaule.
• Qualité de la progression : facile, entravée régulièrement, stoppée, etc.

Notations diverses
• Position de la feuille : distance par rapport au bord de la table, positionnement face au scripteur ou à gauche ou à droite, inclinaison, etc.
• Expressions indiquant que le scripteur produit ou non un effort significatif : tension visuelle, syncinésies toniques 4 , sudation, etc.
• Comportement à l’écriture : concentration, lassitude, fatigue, etc.

L’observation fine des postures et positions du scripteur, en fonction de son âge, permet de déterminer ce qui gêne le bon déploiement de son geste graphique. Des conseils et des axes de travail pourront ainsi être dégagés pour une rééducation efficace.

Référence

Tajan , A. ( 1982 ) . La graphomotricité . Paris : PUF , (collection « Que sais-je ? », n°1998).

Les Auteurs

© 2018 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

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Auteur(s): Chantal Thoulon-Page, Florence de Montesquieu

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